Cette année, le Festival de Cannes a pris un accent résolument indien, et honnêtement, le tapis rouge n’avait pas eu autant d’allure depuis longtemps. Bien plus qu’une simple affaire de paillettes, les débuts de cette nouvelle garde sur la Riviera ont affirmé une véritable autorité stylistique. Entre respect des savoir-faire ancestraux, audace contemporaine et réinterprétations des classiques, Bollywood a débarqué avec une personnalité folle, balayant les silhouettes attendues pour imposer sa propre vision de la haute couture.
L’artisanat d’art et les nouvelles règles du jeu
Au milieu d’une mer de looks un peu trop prévisibles, Janhvi Kapoor a créé la surprise en misant sur un vestiaire qui résonnait de manière très intime. Habillée par Tarun Tahiliani, elle est apparue enveloppée dans un ensemble sur mesure fusionnant un corset et une jupe en tissu de Bénarès tissé main. Le jeu des textures, le drapé sculptural et les ourlets bruts flirtaient subtilement avec un romantisme d’antan tout en affichant une radicalité très avant-garde. Une proposition mode hautement poétique.
Dans une dynamique tout aussi percutante, Alia Bhatt a choisi de s’affranchir totalement du protocole habituel de la robe de princesse. À la formule classique, elle a préféré une approche beaucoup plus tranchante : un sari Gucci parsemé de cristaux, associé à un sac Jackie personnalisé et des diamants d’époque victorienne. C’était le point d’équilibre parfait entre l’opulence indienne et le luxe international. Une allure de rajkumari des temps modernes, mais définitivement calibrée pour les front rows de la Fashion Week.
L’âge d’or du cinéma revu et corrigé
Le glamour rétro a également eu droit à sa mise à jour, à commencer par la silhouette fluide de Sara Ali Khan. Son drapé ivoire bougeait comme de la soie liquide face à la mer, évoquant les grandes heures d’Hollywood avec une pointe de modernité bienvenue. Le top dos nu, rehaussé de broderies graphiques noires et superposé à des rangs de perles spectaculaires, lui conférait une aura céleste, presque irréelle, digne d’une icône du cinéma d’époque.
Cette même tension magnétique, oscillant entre mystère et sophistication, s’est retrouvée chez Ishaan Khatter. L’acteur a imposé un sillage ténébreux dans un ensemble en velours bordeaux profond, souligné de détails noirs complexes. La coupe, d’une justesse absolue, et le stylisme impeccable lui donnaient instantanément une stature de premier rôle : une élégance soignée, magnétique mais sans effort apparent.
Entre conte de fées et armure de cristal
Le tapis rouge a aussi été le théâtre de propositions plus extrêmes, mais parfaitement maîtrisées. Nitanshi Goel a embrassé une esthétique résolument onirique, privilégiant les tons pastels et la délicatesse des perles. Sa robe vert menthe a apporté une bouffée de fraîcheur et de douceur sur la Croisette, portée par un stylisme qui flirtait de manière ludique avec les codes d’un princess-core juvénile, tout droit sorti d’un conte de fées contemporain.
À l’opposé de cette douceur, Vishal Jethwa a transformé le vestiaire masculin en un pur exercice de style théâtral. Son costume noir ultra-structuré se voyait catapulté dans une autre dimension grâce à des épaules blindées de cristaux. Avec sa broche oiseau en or, ses lunettes teintées et ses lignes architecturales, il a injecté juste ce qu’il fallait de rébellion pour signer une silhouette audacieuse et résolument tournée vers l’avenir.
La consécration de Jacqueliene Fernandez
Au milieu de ces premiers pas mémorables, impossible de passer à côté de Jacqueliene Fernandez, qui célébrait sa troisième apparition au festival. S’il y en a une qui sait faire son Cannes, c’est bien elle. Chacune de ses sorties impose une vibration différente, une silhouette neuve et ce genre de présence qui capte instantanément l’attention des photographes.
Pour ce nouveau chapitre, elle est apparue dans une robe haute couture époustouflante signée Rahul Mishra, qui incarnait à elle seule le glamour, la fluidité et l’élégance. Des broderies complexes se déployaient sur le tissu en vagues délicates, créant un miroitement lumineux à chaque mouvement. Ce travail d’orfèvre conférait à la tenue une richesse sculpturale évidente, tout en conservant une légèreté tendre, romantique et désarmante de naturel.