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par Soumaila T. Diarra
Mali (Syfia Mali) Au Mali, des paysans apprennent à faire des relevés pluviométriques dans leurs champs et à transmettre leurs informations au service météorologique. Ce dernier diffuse ensuite des bulletins à la radio et à la télévision qui servent de repères aux agriculteurs, soucieux d’augmenter leur production. Un atout précieux en période de dérèglements climatiques.
"J’ai entendu à la radio qu’il y aura moins de pluies aujourd’hui. Je vais donc désherber mon champ. Ces informations sont utiles, car, en cette période de l’année, une journée ensoleillée peut vite devenir pluvieuse, ce qui n’est pas bon lorsqu’on désherbe", explique Seydou Samaké, un paysan de Tamala. Dans ce village situé à environ 60 km au sud de Bamako, la capitale malienne, avec le climat qui se dérègle, les pluies ont été tardives cette année. Dans les vastes étendues vertes de champs de mil, les paysans s’activent donc pour profiter du soleil annoncé, en partie grâce aux efforts de Sali Samaké, une agricultrice alphabétisée en bambara. Cette dame fait partie de plus de 1 700 paysans formés, à travers le pays et dans leurs langues maternelles, par le gouvernement malien, aux techniques de relevés pluviométriques et d’observations agro météorologiques. Le travail de ces "paysans de contact", selon Daouda Zan Diarra, responsable national de ce programme d’assistance, consiste, entre autres, après chaque pluie, à mesurer le niveau des précipitations. Disposant d’un téléphone ou d’un récepteur-émetteur radio, ils envoient leurs données pluviométriques et observations sur les cultures au service météorologique national. Puis, un groupe pluridisciplinaire (scientifiques, représentants d’ONG, paysans, communicateurs) traite les informations brutes et élabore les avis et conseils qui repartent vers les paysans. En bout de chaîne, ces avis sont en effet diffusés à la radio et à la télévision nationales 12 heures en moyenne après que les relevés aient été effectués dans les champs. Par ailleurs, "des dispositions sont prises pour que les membres des groupements et associations villageoises puissent accéder aux conseils grâce aux paysans de contact", ajoute Daouda Zan Diarra. "Paysans semi-autonomes " Les avis et conseils permettent de prendre des décisions rationnelles. A la veille de la saison des pluies, entre avril et mai, le groupe multidisciplinaire fait ainsi des prévisions, que les paysans guettent attentivement. "Cette année, il a commencé à pleuvoir un peu tard, vers juillet. La météo nous a alors conseillé de semer certaines variétés de céréales au cycle court jusqu’en août", témoigne Adama Samaké, un agriculteur de Tamala. "Pour ma région, elle peut annoncer que du 11 au 30 juin, on peut semer des variétés de 120 jours dès que le cumul des pluies recueillies au cours d’une dizaine de jours atteint ou dépasse 20 mm", explique Sali Samaké. Par ailleurs, des guides de semis, sortes d’aide-mémoire, sont mis à la disposition des producteurs sur la base de l’analyse notamment des données climatologiques et agronomiques de leur zone. "Le paysan est ainsi semi-autonome, car il possède aussi un pluviomètre avec lequel il mesure, au jour le jour, la pluie tombée. Il sait quelle variété choisir pour quel type de sol en fonction de ses propres observations", commente Daouda Zan Diarra. Meilleurs rendements L’assistance météorologique couvre cinq régions sur les huit que compte le pays, les autres n’étant pas propices à l’agriculture. Elle a commencé depuis 1996 et apporte une meilleure sécurité alimentaire et davantage de revenus aux paysans. Dans le cadre de l’assistance météorologique au monde rural, une enquête socio-économique a montré que la moitié de ceux qui ont cultivé le sorgho ont presque triplé leur rendement de 500 à 1 325 kg/ha. Pour le mil, les rendements ont plus que doublé, passant de 350 à 800 kg/ha. Les rendements progressent, l’organisation aussi. Au niveau des services publics ruraux, des outils de communication ont été installés pour la transmission des données, des stations agro météorologiques ont été créées et des véhicules mis à disposition de l’équipe de pilotage pour la coordination et le suivi des activités de terrain. Malgré un bilan que les responsables du programme jugent satisfaisant, l’assistance agro météorologique rencontre toujours des difficultés. "Dans certaines localités, les paysans n’ont aucune idée de l’importance des informations de la météo. Ils n’ont pas de téléphone et reçoivent difficilement la radio nationale", souligne Adama Samaké. Par ailleurs, les radios privées et certaines langues nationales ne sont pas encore utilisées pour la diffusion des bulletins météo. Associée à d’autres opérations, cette assistance gagnera sans doute à l’avenir en efficacité. "Les pluies provoquées, qui ont augmenté la pluviométrie de 10 à 15 %, sont un volet important devant se renforcer avec les deux avions que nous venons d’acheter", raconte Daouda Zan Diarra. ![]() version imprimable |
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