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19-09-2008                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Madieng Seck

Sénégal
Le riz local enfin apprécié

(Syfia Sénégal) Au Sénégal, fini les subventions et les spéculations sur le riz importé ! L’État semble décidé à changer de cap : un coup de pouce pour le riz local, enfin devenu compétitif sur les marchés locaux.

En cette période de ramadan, aucune pénurie de riz n'est à signaler au Sénégal. Les onze millions de Sénégalais qui ne vivent que de cette "sainte" céréale en auront à suffisance. Les autorités, Premier ministre en tête, s'y sont engagées en août dernier lors d’une réunion du Comité de surveillance de l’approvisionnement en riz des marchés du Sénégal. L'État sénégalais semble cette fois disposé à changer de cap pour stopper la spéculation et les pénuries fictives provoquées depuis juin par les commerçants. Des contrôles dans les magasins sont effectués pour débusquer les stocks qui font artificiellement monter les prix de cette denrée "stratégique" devenue très chère en raison de la hausse des cours mondiaux.
L’État a décidé de jouer la vérité des prix en supprimant la subvention annuelle de 9,5 milliards de Fcfa (14, 5 millions €) sur le riz accordée jusque-là aux importateurs. La réaction de Moustapha Tall, l’un des plus gros importateurs, ne s'était pas fait attendre : "Avec cette suppression, le riz importé sera disponible sur le marché, mais il ne pourra plus coûter comme avant. Les populations seront obligées de payer le coût réel du marché, c'est-à-dire 400 à 500 Fcfa le kilo’’, avait-il annoncé à la presse. La prédiction s'est avérée exacte : le sac de 50 kg de riz brisé venu d’Asie, qualité préférée des Sénégalais, se vend entre 20 000 et 25 000 Fcfa contre 13 000 Fcfa en début d’année. Pourtant, un récent communiqué du ministère du Commerce fixe le prix du kilogramme de riz brisé parfumé entre 325 et 410 Fcfa.

Une fringale déraisonnable
La décision des autorités sénégalaises est une révolution dans ce pays qui cultive relativement peu de riz mais en consomme à tous les repas. Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance, il y a près de 50 ans, ont cédé à cette fringale en important massivement du riz d'Asie. Entre 1995 et 2005, les importations ont même doublé, passant de 400 000 à 800 000 t par an. La facture a, elle aussi, gonflé jusqu'à atteindre 150 milliards de Fcfa (plus de 228 millions €), selon Abdourakhmane Faye, agronome au Bureau de la formation professionnelle agricole.
Cette dépendance alimentaire est si forte qu'elle plombe la croissance, ralentie de 2,5 points ("5,5 % au lieu de 8 % ou plus") analyse le ministre de l’Agriculture, Hamath Sall. À quelque chose malheur est bon : la chute du dollar, le coût élevé du baril de pétrole et du fret en faisant flamber les prix du riz importé, redonnent une chance au riz local, devenu du coup plus compétitif. Le sac de 50 kg du riz local brisé se vend entre 16 000 et 17 500 Fcfa, soit 20 à 40 % moins cher que le riz d'importation. Les Sénégalais, qui, jusqu'à présent boudaient leur propre riz, jugé "long, collant et insipide" commencent à l'apprécier. L'an dernier, sentant le vent tourner, "des importateurs venus de la capitale Dakar ont raflé tous nos stocks ", confie Korka Diaw, rizicultrice à Rosso (350 km au nord de Dakar).

Soutien aux riziculteurs
Dans la Vallée, les efforts des riziculteurs et rizicultrices, soutenus par la recherche sénégalaise et l’encadrement, portent à présent leurs fruits : ils arrivent maintenant à faire deux récoltes par an et les rendements sont passés en moyenne de 4,5 t/ha il y à peine dix ans à 6 t/ ha. Depuis 2007, l'État subventionne l’engrais, les pesticides et le petit matériel agricole à hauteur de 50 voire 70 %. Un vaste épandage aérien a chassé des rizières les oiseaux granivores qui picorent certaines années près du tiers de la récolte, comme ce fut le cas en 2006. "Près de 800 motopompes nous ont été offertes par le gouvernement, se félicite Korka, mais c’est ce gasoil qui nous tue car on consomme 150 l/ha." Babacar Diop, président de la Fongs, un mouvement paysan très présent dans la Vallée, estime, lui, que les "banques ne jouent pas tellement le jeu" en exigeant des agriculteurs un remboursement trop rapide des emprunts.
De 30 000 ha emblavés en l’an 2000, on est passé à 60 000 ha aujourd'hui. Résultats : plus de 160 000 t de riz blanc attendues à la fin de cette campagne hivernale, selon l’Agence de régulation des marchés, qui s'ajoutent aux 60 000 t de la contre-saison déjà vendues aux commerçants Ces bons résultats encouragent les riziculteurs à se regrouper et à s'organiser. Dans la Vallée, on ne compte pas moins de 100 associations de producteurs, souvent engagés dans des programmes financés par l’État et des organismes d’aide étrangers (FED, FIDA, AFD, FAO, etc.).
Le riz local semble donc en passe de gagner une première bataille, mais l’autosuffisance alimentaire est encore loin, souligne le sociologue Jacques Faye. La consommation annuelle de riz n'est pas loin, en effet, du million de tonnes. L'autre conquête à mener est celle des esprits et des palais pour convaincre les Sénégalais de se tourner vers les céréales locales.


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