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01-06-2002                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Bethuel Kasamwa Tuseko

Zambie
L'étonnante progression du français en Zambie

(Syfia Zambie) La forte présence de réfugiés et commerçants congolais en Zambie incite un nombre croissant de Zambiens à apprendre le français. Pour leurs affaires ou pour jouer aux courses...

" Venez apprendre le français à l'Académie de police ", " Centre de formation du français parlé ", " Centre d'apprentissage du français sans peine " : dans les quartiers huppés comme dans les quartiers pauvres de Lusaka, la capitale zambienne, ces pancartes fleurissent un peu partout. Nombre de ces centres sont tenus par des émigrés congolais de République démocratique du Congo (Rdc), chassés par les guerres qui déchirent leur pays depuis 1996. Avant leur arrivée, le français n'était enseigné qu'en option à l'Université nationale de Zambie à Lusaka, à l'Alliance française et au Kwame Nkrumah College de la ville minière de Kabwe. Aujourd'hui la multiplication des centres d'apprentissage suit l'engouement croissant des Zambiens pour le français. Chacun a ses raisons. Primée lors de la semaine de la Francophonie en mars dernier, la policière Brenda Mutemba explique son action auprès des hommes d'armes: " Après mes études à l'Université de Lusaka, j'ai eu la chance de me perfectionner en français à Strasbourg en France. A mon retour, j'ai été affectée comme interprète à la frontière congolo-zambienne. Face à l'afflux des réfugiés et des commerçants congolais, j'ai plus tard introduit le cours de français à l'Académie de police de Lusaka pour permettre aux policiers, aux militaires, aux douaniers et autres compatriotes d'apprendre le français et aussi pour économiser l'argent que l'Etat dépensait pour payer les interprètes congolais ".

Apprendre le français en six mois

La plupart des Zambiens voient dans cet apprentissage un moyen d'accroître leurs affaires. Ainsi, le boom du tourisme en Zambie, depuis l'éclipse de juin 2001, pousse les chauffeurs zambiens à apprendre le français. Au volant de sa voiture bardée d'autocollants, un taximan à la calvitie naissante explique : " Ici à l'Aéroport international de Lusaka, c'est la gué-guerre pour avoir les clients. Grâce à la langue française, beaucoup de touristes belges, français, tunisiens, canadiens… prennent ma voiture parfois jusque dans la ville de Livingstone pour contempler les célèbres chutes Victoria ".Fermier à Mazabuka au sud de Lusaka, le sexagénaire Anderson Nkumbula vend des œufs, des poules et des vaches sur pied aux commerçants congolais qui viennent du Katanga et du Kasaï, au centre de la Rdc, pour les lui acheter. " Je n'avais pas de choix, explique-t-il. Pour bien faire les affaires avec les Congolais, il me fallait coûte que coûte apprendre à parler la langue française. J'ai alors engagé un précepteur qui m'a appris avec une méthode très simple à parler le français en moins de six mois. "Le long des 2000 km de frontière avec la Rdc, les villageois zambiens achètent souvent auprès des commerçants congolais des médicaments importés de Belgique ou de France : " Pour me permettre de lire et comprendre le mode d'emploi des médicaments, je reçois de Lusaka, depuis février 2002, un cours de français par correspondance. Ma formation durera six mois pour le premier niveau qui me permettra de suivre même les informations sur RFI ", témoigne Humphrey Zulu, directeur d'une école primaire dans la banlieue de la ville minière de Chingola.Ce jeune Zambien d'une vingtaine d'années lui a pris des cours accélérés de français pendant deux ans pour devenir à son tour enseignant. " Je donne des cours en français aux enfants des réfugiés congolais dans un village près du camp du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Hcr) de Maheba, au nord-ouest de notre pays". D'autres ont des motivations plus futiles. " Le français me permet de lire le programme du Pmu (Pari Mutuel Urbain)et de venir jouer à Kasumbalesa (ndlr : poste frontalier avec la Rdc) chaque dimanche et chaque mardi après discussion avec des amis turfistes congolais. Ce jeu passionnant n'existe pas dans nos pays anglophones ", raconte un joueur, douanier de profession. De fait, la Société nationale congolaise de Loterie compte aujourd'hui de nombreux Zambiens parmi ses parieurs. L'Ambassade de France en Zambie a largement contribué, ces dernières années, à l'expansion du français dans ce pays anglophone de l'Afrique australe, en distribuant gratuitement des manuels scolaires en français fondamental aux écoles et centres d'apprentissage. Et l'Alliance française de Lusaka n'a pas hésité à organiser un tournoi de foot, le sport le plus populaire du pays, pour attirer les Zambiens aux manifestations de la semaine de la Francophonie.


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