Alors que les places financières asiatiques ont prolongé mardi leur ascension vers des sommets inédits, prenant le relais d’une Wall Street galvanisée, l’attention des investisseurs se cristallise autour d’un cocktail complexe mêlant records boursiers, secousses géopolitiques au Venezuela et incertitudes monétaires américaines.

L’Asie dans le sillage de Wall Street

L’indice MSCI le plus large des actions de la région Asie-Pacifique a grimpé de 0,4 %, atteignant son plus haut niveau historique, une performance largement alimentée par la dynamique japonaise. Le Topix a ainsi bondi de 1,3 % pour toucher un pic record. Hong Kong et l’Australie ne sont pas en reste, affichant des gains solides, tandis que la Corée du Sud marque une légère pause après ses récents records.

Cet optimisme contagieux trouve sa source outre-Atlantique, où le Dow Jones a lui aussi brisé son plafond historique. Les valeurs pétrolières et financières américaines ont été les grands moteurs de cette hausse, dopées par l’actualité brûlante du week-end : l’opération militaire américaine ayant conduit à la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro. Si le brut a légèrement reculé après une flambée initiale, les traders évaluent désormais l’impact sur les flux du pays disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde. L’action Chevron a d’ailleurs bondi de plus de 5 %.

Le pari risqué de la Maison Blanche

La rhétorique de Washington s’est considérablement durcie. Le président Donald Trump a annoncé placer le Venezuela sous contrôle américain temporaire, menaçant de nouvelles frappes si Caracas ne coopérait pas sur l’ouverture de son industrie pétrolière et la lutte contre le trafic de drogue. Plus inquiétant encore pour la stabilité régionale, il a évoqué de possibles actions militaires en Colombie et au Mexique. Une rencontre est prévue cette semaine avec les dirigeants des géants pétroliers américains pour discuter de la relance de la production vénézuélienne.

Pourtant, les marchés semblent pour l’instant relativiser le risque systémique. Comme le note Yusuke Matsuo, économiste chez Mizuho Securities, la taille relativement modeste de l’économie vénézuélienne rassure les investisseurs quant à une contagion mondiale, d’autant que la remise en route de la production pétrolière locale prendra des années. Toutefois, il prévient que les tensions géopolitiques persisteront en 2026, favorisant des actifs refuges comme l’or, qui oscille autour des 4 449 dollars l’once, non loin de son record absolu. Le cuivre, quant à lui, a atteint des sommets à Londres et Shanghai, porté par des craintes sur l’offre chilienne.

Le Dollar face à une trajectoire en « V »

Sur le front des devises, le billet vert entame 2026 sur un chemin tortueux, pris en étau entre la Réserve fédérale et les ambitions de l’exécutif. Les experts anticipent une année en forme de « V » pour la monnaie américaine. Le premier semestre pourrait voir le dollar fléchir, passant de son niveau actuel de 99,00 à environ 94,00, sous l’effet de baisses de taux destinées à protéger l’emploi lors d’un « passage à vide » économique temporaire.

Cependant, ce repli ne devrait être que passager. Dès le second semestre, les effets du nouveau plan de dépenses gouvernemental — la loi « One Big Beautiful Bill » — et les tarifs douaniers devraient relancer l’inflation. Ce rebond forcerait la Fed à maintenir des taux élevés, propulsant de nouveau le dollar vers, voire au-delà, de ses niveaux initiaux.

Le fossé se creuse avec l’Europe

L’année 2026 s’annonce comme celle de la divergence. L’économie américaine devrait surperformer le reste du monde, soutenue par une vague massive d’investissements dans l’intelligence artificielle. Avec près de 3 000 milliards de dollars injectés dans les infrastructures technologiques, ce boom agit comme un filet de sécurité, créant une demande que l’industrie traditionnelle ne peut plus assurer seule. Ces capitaux, attirés par les géants de la tech américaine, offrent un plancher solide au dollar.

À l’inverse, l’Europe fait face à une stagnation tenace et à des problèmes structurels profonds, obligeant la Banque centrale européenne à des coupes de taux plus agressives. Ce décalage croissant entre une Amérique résiliente et un Vieux Continent à la peine constituera un soutien de long terme pour la devise américaine.

Un bras de fer monétaire et fiscal

La Réserve fédérale se livre actuellement à un véritable numéro d’équilibriste. Bien qu’elle ait légèrement réduit ses taux fin 2025, elle affiche une fermeté qui contraste avec les attentes des marchés. Là où les investisseurs parient sur des coupes franches pour soutenir l’économie, la Fed prévoit de maintenir les taux autour de 3,4 % pour endiguer l’inflation.

Cette inflation pourrait d’ailleurs être ravivée par les politiques commerciales de l’administration Trump. Les tarifs douaniers du « Jour de la Libération », incluant une taxe de 10 % sur les importations, risquent de pousser les prix à la hausse, créant un scénario de stagflation complexe. Dans ce contexte, l’État américain, qui emprunte massivement pour financer ses grands projets, doit offrir des rendements obligataires élevés pour séduire les prêteurs, ce qui, paradoxalement, continue d’attirer les capitaux étrangers vers le dollar malgré les incertitudes politiques liées au plafond de la dette.