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par Bethuel Kasamwa Tuseko
RD Congo (Syfia Gambie) L'âme en peine dans leurs pays d'origine, des Européennes venues en touristes en Gambie, refont leur vie avec des "bumster", les jeunes hommes qui rôdent sur les plages. Des relations d'amour et d'argent qui ne durent pas toujours.
"J'ai rencontré Carolyn à Banjul, en 1997 aux alentours du 'Sunwing Hôtel'. Six mois après, elle m'a proposé le mariage. Ensuite, elle m'a envoyé un billet d'avion pour la rejoindre à Oslo où j'ai eu un emploi dans un bar." Voilà comment Malang Gassama, un jeune Gambien de 24 ans, résume sa belle aventure avec une Suédoise de 42 ans, divorcée. Depuis leur mariage, c'est le bonheur pour Carolyn et Malang. Parti presque de rien, le jeune garçon possède maintenant une villa et roule en voiture quand il vient en vacances au pays. "J'ai, dit-il, construit une maison à Bakau où vivent actuellement mes parents." Malang, 25 ans, est un beau garçon de taille moyenne. au physique avenant ce qui l'a peut-être poussé à jouer au bumster. C'est ainsi qu'on appelle ces jeunes Noirs qui rôdent aux alentours des plages et des hôtels de Banjul, la capitale gambienne, à la rencontre de femmes blanches. Coiffés "rasta", les bumsters ont entre 18 et 26 ans. Les femmes européennes voient en eux des hommes capables de leur donner du plaisir et de leur faire oublier des années de détresse conjugale. Apparu en Gambie à la fin des années 80, le phénomène s'est amplifié de nos jours. On le trouve aussi au Sénégal notamment sur la petite Côte à Mbour (100 km de Dakar) et en Casamance au sud du pays. Des relations qui rapportent gros. Ces jeunes ne cherchent pas uniquement des femmes. Il leur arrive aussi de nouer des relations purement amicales avec un toubab (Ndlr : un Blanc d'Europe) pour sortir du pays ou trouver un emploi. "Je suis en partenariat avec un Allemand pour la vente de voitures d'occasion", affirme Abdoul N'Jie, conduit aux affaires grâce à l'amitié de ce touriste. Aujourd'hui, même les appels répétés "back to land" (retour à la terre) du président gambien, Yaya Jammeh, n'ont pas réussi à reconvertir ces jeunes hommes en paysans. Omar Sow, alias Yellowman, un habitué des plages, reste sourd à ces injonctions : "Il est très difficile de trouver un job et la terre ne rapporte pas beaucoup. Je suis bumster parce que cela me permet de nouer des contacts avec les touristes et leur liaison peut m'apporter gros". Mais ils ne sont pas les seuls à trouver leur compte dans ces relations. Mme W. est hollandaise, mère de deux enfants et divorcée. En Gambie, elle mène maintenant une nouvelle vie. Adulée, couvée, choyée même par ses beaux-parents, elle est entourée d'une chaleur humaine pleine de tendresse. "C'est en 1996, lors d'une promenade à la plage, que j'ai fait la connaissance d'Ali, Alex pour les copains. Durant mon séjour, Alex a été très gentil avec moi. L'année d'après, il m'a fait visiter son village, Kafuta, où nous sommes restés trois jours auprès de sa famille. Début 99, c'est notre mariage...", raconte longuement Mme W. dans un léger éclat de rire. Durant ces cinq dernières années, les tribunaux ont enregistré entre 10 et 15 mariages de bumster par an. Le ministère de la Justice qui donne ces chiffres estime que 65 % de ces Européennes remariées sont beaucoup plus âgées que leur "baby". C'est le cas de Mme W., 43 ans et d'Alex, âgé de 26 ans. Presque une maman et son aîné, comme disent ici les jaloux ou les esprits mal intentionnés. Le ministère révèle cependant que le phénomène inverse commence à se produire. De jeunes Gambiennes, noires d'ébène, crèvent les yeux des toubabs. Près de 10 % de filles bumster ont ainsi épousé des touristes, révèlent les mêmes statistiques. Ces mariages, un vieux Gambien de Sérékunda les apprécie comme une nouvelle forme de brassage humain entre Blancs et Noirs : "A condition qu'ils soient conformes à l'Islam, à la coutume et qu'ils durent longtemps comme dans un solide foyer". Durer longtemps ! Simple souhait de grand-père. Car la réalité est parfois toute autre. Même si les divorces ne sont pas signalés et enregistrés au tribunal, il arrive que des couples se disloquent après avoir vécu quelques mois d'amour et d'eau de mer... Contractés pour des raisons passagères par les touristes ou pécuniaires par les autochtones, ces liens conjugaux font parfois long feu. Au ministère du Tourisme, des mesures draconiennes ont été prises, face à la vague grandissante des jeunes bumsters considérés comme une menace pour le secteur. Aux abords des plages et des hôtels, la police veille. "Ce sont des emmerdeurs qui harcèlent les touristes, ce sont des voleurs, des vendeurs de drogue", martèle le sergent Bah, chef du poste de police au Novotel. Les voyagistes aussi ne sont pas contents de ces jeunes. "Bumsters ! Pouah ! Ils vont ruiner le tourisme si on n'y prend garde", lance Dirk W. Dathe, un patron d'hôtel. Ces accusations, les intéressés les rejettent en bloc : "Nous sommes des gens qui essaient de gagner honnêtement notre vie. Ceux qui harassent ou volent les touristes c'est pas nous mais des bandits qui ont infiltré le mouvement", insiste Yellowman. En attendant la drague entre ces belles Européennes et les bumsters se poursuit sur les plages de la Gambie. ![]() version imprimable |