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01-12-1999                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Maïmouna Traoré Dezoumbé

Tchad
Un caniveau n'est pas une poubelle

(Syfia Tchad) Prendre les caniveaux pour des poubelles n'est pas sans risques. A N'Djaména, les habitants en barrant ainsi la voie aux eaux ont aggravé les effets des récentes inondations.

"Monsieur, quand vous aurez fini, ne salissez pas l'endroit. Jetez votre pot de yaourt dans la poubelle." Surpris, l'étranger interpellé cherche du regard une poubelle et finalement demande à l'homme assis à côté de lui : "C'est où ? " "Là !", lui répond comme une évidence le gardien en montrant du doigt le caniveau rempli d'ordures qui passe devant le magasin.
Dans les quelques quartiers de N'Djamena où des caniveaux ont été aménagés, les populations s'en servent pour se débarrasser de leurs ordures ménagères. Généralement à ciel ouvert, ils se remplissent très rapidement et empêchent l'eau de s'écouler. Sans égout, dotée d'un relief uniforme et située au-dessous du niveau du fleuve Chari, la capitale tchadienne subit de plein fouet les inondations qui frappent le pays depuis quelques années.
Ces inondations sont causées par le débordement des eaux des fleuves Logone et Chari, dû aux pluies diluviennes qui tombent sur l'Afrique centrale depuis le début des pluies en mai-juin. Cette année, aucun quartier de la capitale n'a été épargné car il a beaucoup plu sur N'Djaména en juillet-août et les pluies qui ont continué d'arroser le sud pays ont retardé la décrue du fleuve.
Fin octobre, les pluies avaient cessé, mais la pirogue était encore le moyen de locomotion le plus approprié dans plusieurs quartiers périphériques de N'Djamena. "Pour voir ma voisine à quelques mètres de la maison, il me faut héler le piroguier pour me déposer", témoignait Halimé, une fonctionnaire qui habite un quartier marécageux de la capitale tchadienne. Ces inondations l'ont obligée à garer pendant plusieurs semaines sa moto loin de chez elle. "Nous quittons nos maisons en pirogue pour aller prendre les motos et nous rendre au boulot. Au retour, nous les garons à la même place."

Des squatters nés des inondations.

Dans certains quartiers, les eaux ont englouti des maisons. La Mairie estime que plus de 900 familles sont sans abri suite à la catastrophe. Comme lors des inondations de 1994, beaucoup de ces familles sinistrées se sont installées dans des maisons non occupées. Généralement, par solidarité, les propriétaires les laissent faire au moins au début. Leur situation est précaire puisque, ne payant pas de loyer, elles peuvent être délogées à tout moment.
Face à l'entêtement des squatters décidés à ne pas quitter, les propriétaires laissent leurs maisons tomber en ruine. Et comme les occupants n'ont pas d'argent pour les réparer, ils plient bagage et vont squatter ailleurs. Pour le chargé de communication de la Mairie de N'Djaména, "ce problème de squatters est bien une réalité et ce sont les enfants de ces sinistrés qui grossissent souvent le lot des petits mendiants dans les rues".
Pour faire face au sinistre, la Mairie a mis sur pied une brigade de lutte contre les inondations, qui essaie de "vider" ce que les habitants croient être leur poubelle. Abakar Youssouf Zeïd, chef du service communication de la Mairie, explique : "Nous procédons à des curages de caniveaux. Deux motopompes ont été installées pour tirer les eaux vers le fleuve". La brigade a également entassé des sacs remplis de sable le long d'une partie du fleuve pour limiter les débordements. La solution définitive, poursuit le fonctionnaire, "c'est de construire une digue le long du fleuve sur une bonne distance comme l'ont fait les Camerounais de l'autre coté du pont. Mais cela demande beaucoup d'argent".


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