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01-07-1999                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Théodore Tsapi, Denise Williams

Cameroun
Une armée de chenilles saute sur les plantations

(SYFIA Cameroun) Les chenilles défoliatrices ont pris d'assaut cinq provinces camerounaises. Les légionnaires ont d'abord envahi l'ouest du pays, puis certaines localités du sud, de l'est et du nord. Malgré le répit constaté depuis la mi-juin, la bataille n'est pas gagnée.

"Regardez mes kolatiers ! Il n'y a plus rien... Rien. Je n'ai plus grand chose à récolter cette année." L'air hagard et sur un ton las, Tamékouo Louis montre des arbres et des cultures défeuillés, tout autour de son habitation. "Les chenilles se contentaient jusqu'ici des feuilles d'arbres. Mais cette fois-ci, elles ont attaqué les caféiers et tout ce qui se trouvait en dessous. Même l'herbe que nous donnons à manger au bétail ne leur a pas échappé", s'étonne le vieux paysan, âgé d'environ 60 ans. Les chenilles défoliatrices ont ravagé toute sa plantation. En dehors du café, ce chef traditionnel de l'ouest du Cameroun tire l'essentiel de ses revenus de la noix de kola (Cola nitida), un fruit stimulant vendu dans tous les marchés du pays et exporté vers l'Europe. A cause de cette invasion, il prévoit des récoltes catastrophiques.
Beaucoup de paysans camerounais sont dans la même situation. Tout a commencé début mai 1999 quand l'alerte a été donnée dans un village de l'Ouest. En l'espace de quelques jours, les chenilles de Spodoptera exempta ont envahi les deux tiers de la région. A la mi-juin, d'après des informations du ministère de l'Agriculture, quatre autres régions du pays étaient touchées : le Nord-Ouest, l'Adamaoua, le Centre et l'Est. Soit au total cinq provinces sur les dix que compte le Cameroun.
En raison des ravages qu'elles causent sur leur passage, ces chenilles ont été surnommées "caterpillar" par les populations. Elles affectionnent certains arbres fruitiers tels les kolatiers, les safoutiers et les avocatiers dont elles dévorent les feuilles. Particulièrement nombreuses cette année, elles ont causé des dégâts énormes. Elles sont même descendues des arbres et se sont acharnées sur les cultures. Après avoir passé la journée à se gaver, elles entraient dans les maisons pour y passer la nuit au chaud. "Parfois, on était obligé de se lever et de secouer nos couvertures pour s'en débarrasser et continuer à dormir. Il nous en tombait même dans la soupe quand on mangeait", lance avec humour une paysanne de Balatchi, l'un des villages qui a subi les plus grosses pertes.
En 1991 et en 1993, l'Ouest camerounais avait connu des attaques similaires mais de moindre ampleur. D'ailleurs, les propriétaires de kolatiers y sont habitués. "Dans les villages, certains sont même convaincus que sans cette défoliation, la production serait faible", note Lontouo Martin, le délégué régional du ministère de l'Agriculture.

Une attaque attendue.

Cette année, tous les éléments étaient réunis pour que l'alerte soit sérieuse. Une longue période de sécheresse pendant la saison des pluies a favorisé l'éclosion des oeufs des papillons, explique en substance Lontouo Martin. L'attaque n'a pas vraiment surpris. Les services agricoles des Bamboutos, dans la même région, révèlent qu'à la fin de l'année dernière un mouvement massif de papillons avait attiré leur attention.
Mais curieusement, aucune mesure de prévention n'a été prise. "Nous savions que d'un moment à l'autre on pouvait subir une catastrophe mais on n'y pouvait rien. Nous n'avions pas de produits en stock. Actuellement, les brigades phytosanitaires sont entièrement démunies", avoue un responsable agricole. En plus, quand les dégâts ont vraiment commencé, les insecticides nécessaires n'étaient pas disponibles sur le marché camerounais. Il a fallu attendre une semaine et demi pour avoir livraison de la moitié d'une commande passée en Côte d'Ivoire.
Répondant aux critiques de certains paysans, le délégué de l'Agriculture explique qu'en cas de forte invasion comme celle de cette année, l'Etat ne s'occupe que des poches importantes et des sommets des arbres. Il appartient aux paysans de s'occuper de leurs cultures. Heureusement, les pluies sont revenues entre-temps, donnant ainsi un coup de main inespéré aux équipes phytosanitaires déployées sur le terrain car l'humidité est fatale aux chenilles.
Peu à peu, les plantes retrouvent leurs feuilles. Pourtant, la bataille est loin d'être gagnée. "On ne peut pas considérer la situation comme sauvée. Dans les mois qui viennent, on pourrait assister à une autre attaque si les conditions météorologiques leur sont favorables", souligne le délégué de l'Agriculture de la localité. Il recommande aux paysans d'avoir en permanence à leur disposition deux sachets de "Sevin", le produit choisi pour combattre ce prédateur. Au regard des dimensions actuelles des champs à l'Ouest, dit-il, cette dose suffit pour se protéger.
L'Ouest étant le principal grenier du pays d'où partent la majorité des vivres à destination des grandes villes du pays, du Gabon et du Congo, faut-il craindre une catastrophe alimentaire au Cameroun ? Dans les services agricoles de la région, on écarte l'hypothèse d'une famine. Néanmoins, on prévoit un déséquilibre alimentaire dans les régions sinistrées. Les principales zones de grande production ont été épargnées, souligne-t-on au ministère d'Agriculture.


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