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01-07-1999                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Sephora Kengne, Daniel Tchapda

Cameroun
La dot, chère pour le mari, chèrement payée par la femme

(SYFIA Cameroun) Dans certaines régions du Cameroun, les femmes sont soumises aux dures corvées que leur imposent les maris en contrepartie de la dot. Exploitées, maltraitées, beaucoup de jeunes femmes préfèrent divorcer et se prostituer. Mais certains parents commencent à limiter les débordements de cette tradition.

"J'ai dû quitter mon mariage et me débrouiller à gagner de l'argent pour rembourser ma dot à mon mari. Il exigeait que mes parents lui remboursent les 400 000 F cfa (4000 FF) qu'il avait payés." Depuis trois ans qu'elle a abandonné son foyer. Clémentine Agbor, 34 ans, vit de la prostitution à Douala. Le couple était installé à Kumba, à près de 200 km de Douala, dans la région anglophone du Cameroun. Son mari la harcelait sans cesse car elle ne lui donnait pas d'enfants alors que sa dot avait coûté très cher. Clémentine n'a pas pu le supporter plus longtemps.
Elle a rejoint les femmes libres de sa tribu au quartier Mozart, l'un des fiefs des prostituées de Douala. Le soir, quand les rues du quartier s'animent, celles-ci attendent le client, assises par petits groupes ou toutes seules devant les portes de leurs vieilles masures branlantes en bois. Elles devisent en pidgin english, un argot dérivée de l'anglais. En dépit des musiques assourdissantes diffusées par les nombreux bars du coin, elles crient des propos licencieux pour aguicher les hommes qui passent. Elles sont en majorité Bayangui, la tribu de Clémentine, dans le sud-ouest du pays. Beaucoup ont divorcé pour échapper aux dures corvées et aux mauvais traitements que leur imposaient leurs maris.

Main d'oeuvre gratuite.

Originaire de la même région, Mme Sylvia Ayuck, enseignante, explique que les hommes payent la dot très cher parce qu'ils utilisent ensuite les femmes et les enfants comme une main d'oeuvre gratuite sur leurs exploitations agricoles. Celles qui refusent de vivre le mariage dans de telles conditions partent en ville pour se livrer à la débauche. Au point que dans toutes les villes du pays, on appelle les prostituées Nyangué, un diminutif de Bayangui. "C'est parce que les femmes Bayangui ont été les premières à exercer publiquement le métier de prostituées", affirme l'assistante sociale Ekoka Grâce.
Toutefois, il n'y a pas que dans cette ethnie que l'exploitation des femmes et des enfants compense la dot chèrement payée. Le cas de Jeanne Ngassa, 32 ans, en est la preuve. Originaire de Bangangté (240 km à l'ouest de Douala), elle a quitté son foyer il y a trois ans. "Les hommes de chez moi achètent leur femme pour qu'elle leur serve de souffre-douleur", regrette-t-elle. Elle aussi se prostitue pour vivre.
Les épouses victimes de mauvais traitements n'ont même pas l'espoir que leur calvaire s'arrête à la mort de celui-ci. Dans la région de Douala, le décès du mari soumet sa veuve à des rites qui l'obligent, entre autres, à payer une forte somme à ses belles-soeurs. Une fois cet argent versé, la dot payée par le défunt est considérée comme remboursée et la veuve est libre de se remarier. Cette perspective donne des frissons aux jeunes filles qui, pour la plupart, choisissent tout simplement de ne pas se mettre cette corde au cou. "L'épreuve du veuvage est très dissuasive", estime Rosalie Ebenye, 19 ans, élève en classe terminale dans un établissement scolaire de Douala.
Pourtant, affirme M. Alphonse Mpondo, un notable douala, on ne peut pas contourner la dot sans s'exposer à des risques tels que la stérilité ou, dans le meilleur des cas, la naissance d'enfants qui ne vivront pas longtemps. "C'est décourageant", soupire Joséphine Eyombwan, animatrice d'un groupe de jeunes et pas du tout gênée d'être encore célibataire à 35 ans.
Pourtant, certaines familles réussissent à s'affranchir de ces préjugés pour faire évoluer les choses et limiter les effets pervers de cette tradition, devenue un fardeau pour les femmes mais aussi pour les hommes.
Samuel Dinou et sa femme Esther sont de modestes agriculteurs habitant Ndoungué à 150 km de Douala. Malgré leur pauvreté, ils ont préféré demander à Désiré, leur gendre, de leur payer juste une dot symbolique. Samuel s'en explique : "Les temps sont difficiles et il est inutile d'accabler mon gendre du fardeau de la dot alors qu'il commence à peine à faire sa vie". Désiré ne tarit pas d'éloges sur ses beaux-parents qui contribuent ainsi à l'entente dans son foyer. "Je suis reconnaissant vis-à-vis des membres de ma belle-famille pour qui j'ai un profond respect. Quand j'ai des problèmes avec ma femme, je passe vite l'éponge, compte tenu de mes bons rapports avec sa famille".

Appliquer la loi.

Jean et Marie Nlend, un couple de retraités, eux, n'ont pas cédé à la pression de l'entourage qui leur conseillait d'exiger de leur gendre, en plus de l'argent, des vêtements coûteux et des liqueurs. Ils ont trouvé une solution originale et généreuse. "J'ai discuté directement avec lui et à l'aide de la modique somme de 150 000 F cfa qu'il m'a versée, j'ai acheté du matériel électroménager pour faire un cadeau de mariage à ma fille", révèle Mme Nlend. Fabien, le gendre, en est très reconnaissant. "J'aime tendrement mon beau-père et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour l'aider s'il se trouve dans le besoin", dit-il.
Pour justifier cet assouplissement dans la pratique de la dot, ces parents expliquent que la femme est souvent maltraitée dans son foyer parce que le mari la considère comme une vulgaire marchandise qu'il faut rentabiliser à tout prix. En outre, le prix de la dot a flambé ces dernières années. Alors qu'il y a vingt ans, dans l'Ouest, celui-ci ne dépassait guère les 100 000 F cfa, le minimum aujourd'hui tourne autour de 300 000 F cfa pour une jeune fille sans diplôme. Toutefois, rappelle Mme Ekoka, une assistante sociale, le problème trouverait une solution générale et définitive si les pouvoirs publics veillaient au respect de la loi qui fixe le montant maximum de la dot à 5000 F cfa par femme.


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