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01-06-1999                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Illia Djadi


L'exode, cauchemar des femmes woddabés

(SYFIA Niger) Les femmes woddabés du Niger ne souhaitent plus partir dans les pays côtiers. A quoi bon cet exode où elles sont mal traitées et ne gagnent même plus assez d'argent pour aider leur famille ?

"Nous partons souvent à Abidjan en Côte d'Ivoire, à Lagos, Kano ou Kaduna au Nigeria et jusqu'au Sénégal", raconte Goshi, la quarantaine révolue. Pour cette Nigérienne woddabé, comme pour la plupart de celles de Tacha, principal campement de la zone pastorale de Bermo, à 200 km au nord de Maradi, l'exode est la seule solution. Les sécheresses et les épidémies répétées ont décimé les troupeaux, leur seule ressource. "Si nous ne partons pas à la côte, nous n'aurons pas de quoi manger ou nous vêtir", affirme une autre, en montrant avec gêne ses vieilles chaussures "made in China" et son pagne décoloré.
De ces mois à l'étranger, les femmes woddabés espèrent ramener de l'argent, vital pour reconstituer le cheptel, mais aussi des habits pour les enfants et les hommes laissés dans les campements. Hodi, un ancien de Tacha le reconnaît non sans regrets : "Ici, ce sont les femmes qui jouent le rôle de maris. Elles entretiennent toute la communauté". Même son de cloche du côté d'Ibrahim : "Notre cadre de vie n'est plus le même. Dans les sociétés haoussa, fait-il remarquer, seule une catégorie de femmes voyage pour les affaires. Chez nous, toutes les femmes le font par nécessité".
Cet exode a longtemps joué un rôle régulateur dans la vie de ce peuple d'éleveurs. Mais aujourd'hui ces séjours dans les pays côtiers sont beaucoup plus risqués et moins avantageux. Les tracasseries administratives, nombreuses, sont un casse-tête pour ces nomades habitués à voyager sans papiers. L'insécurité est croissante, les accidents fréquents. Les Woddabés ont encore en mémoire l'accident de minibus survenu en avril 1998 au Nigeria : "Nous étions un groupe de 14 personnes, 5 hommes et 9 femmes, quand le drame s'est produit, raconte un homme qui faisait partie du groupe. Sept femmes ont perdu la vie sur le coup. Une autre devait succomber à ses blessures. La seule rescapée, traumatisée, ne peut plus travailler". A la suite de cet accident, 43 enfants se sont retrouvés orphelins de mère.

"On nous traite comme des chiens".

Très mystiques, les Woddabés sont aussi souvent rejetés par les pays d'accueil où ils sont perçus comme des sorciers. "On nous traite comme des chiens. Il nous arrive même de passer la nuit en brousse, la faim au ventre", s'insurge Déla, une femme d'un âge avancée. La coiffure et la vente des plantes médicinales, principales sources de revenus de ces femmes, ne rapportent plus comme avant. Les difficultés de la vie durant leur voyage les poussent souvent à céder aux avances des hommes en quête d'exotisme. Un certain mystère entoure, en effet, les Woddabés à qui on attribue des pouvoirs surnaturels. Les cas de maladies vénériennes et de sida sont nombreux chez les femmes de retour de la côte. Cette migration saisonnière perturbe profondément la vie de famille. "Dans nos campements, la vie conjugale se limite à trois mois par an", se plaint Hodi.
Longtemps perçus comme une chance pour mieux vivre, ces voyages sont aujourd'hui vécus comme une tragédie. "Nous ne voulons plus aller au sud", lance une jeune femme. Ces mots expriment son désarroi et celui de l'ensemble de sa communauté. "Je ne veux plus aller en exode. Je préfère rester aux côtés de mon mari et de mes enfants", renchérit Kandé, une autre femme, sans céder pour autant à la résignation. Un prêt du Programme d'appui aux associations pastorales de Bermo (PAAPB) lui permet de vendre du sucre, du sel, du thé, etc. Lancé en 1998 par l'Association pour la redynamisation de l'élevage au Niger (AREN), ce programme bénéficie de l'appui financier de plusieurs partenaires dont l'Entraide protestante suisse (EPER) et la Coopération suisse.
Contraints à la sédentarisation par un milieu naturel de plus en plus hostile, traumatisés par une migration qui faisait jadis leur fierté, les Woddabés sont à la recherche d'alternatives. Déla se fait l'écho des femmes : "Notre souhait est de disposer d'un capital pour acquérir des vaches. Ainsi nous pourrons vendre du lait et du beurre, comme au temps de nos grands-parents".


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