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par Etienne Tassé
Etats-Unis, Afrique (Syfia États-Unis) Bananes plantains, pagnes, films nigérians et ghanéens… Le commerce des produits africains se développe aux États-Unis. Une évolution favorisée par l'augmentation de la population noire à la suite, notamment, de l'immigration ces dernières années.
"Ici aux États-Unis, si vous travaillez dur, vous serez récompensé." Clement Igbokwe, un Nigerian arrivé en Amérique en 1985, se félicite joyeusement de sa réussite dans les affaires. Vêtu d'un boubou traditionnel, le sexagénaire, qui garde son accent nigérian, fait visiter les rayons de son magasin de produits ethniques, ouvert il y a 5 ans dans une banlieue de Washington. Comptable de formation, il a d’abord travaillé dans les services financiers d’une organisation non gouvernementale où il s’est constitué des économies avec l'ambition de monter son affaire. "Je vends des produits d'origine ghanéenne, kenyane, nigériane, jamaïcaine…", énumère-t-il. Sur les rayons sont exposés des bananes plantains, de la farine de manioc, des poissons, etc. "Ce magasin nous est très utile. On y trouve la majorité des produits de chez nous. Voyez ce que je viens d'acheter !' lance un client en brandissant un sachet de crevettes séchées du Ghana. Au rayon habillement, des pagnes et autres tissus d'Afrique. Le magasin emploie trois à quatre personnes, toutes membres de la famille de Clement. Derrière la caisse que tient sa femme, un téléviseur passe une vidéo de musique africaine. Sur le même rayon sont alignés des CD de musique et des films nigérians et ghanéens. "Je m'approvisionne auprès d'importateurs africains spécialisés", précise-t-il. La boutique abrite également un guichet de transfert d'argent vers l'Afrique qui sert entre 50 et 100 personnes par jour, et plus de 500 au moment des fêtes de fin d'année. Le montant est de 300 $ US (environ 220 €) en moyenne par envoi. La loterie des visas Plus loin, Frehiwot Kebede, une Éthiopienne arrivée aux États-Unis en 1983, tient une affaire similaire. Elle vend de la farine de manioc, du maïs, des arachides, des poissons et des viandes… Sa clientèle est constituée essentiellement de compatriotes. "Ce sont en majorité des chauffeurs de taxi et des gens travaillant à l'aéroport", précise-t-elle. Représentante de Western Union à Georges Mason Drive à Washington, le transfert de fonds vers l'Éthiopie est l'une de ses principales activités, mais elle se garde d'en préciser le montant. Mme Liesl Riddle, spécialiste des études sur la diaspora à l'Université George Washington, rappelle que "les 1,5 million d'Éthiopiens qui habitent à l'étranger envoient des fonds à hauteur d'environ 1 milliard de dollars (733 millions €) par an à leurs familles en Éthiopie ou pour des investissements dans leur pays". En Amérique, la clientèle des magasins ethniques est formée pour l'essentiel d'Africains de la diaspora et d'Afro-Américains. Ce commerce prospère, grâce notamment à un important courant d'immigration d'Africains, favorisé par le programme Diversity Immigrant Visa (DV). Celui-ci délivre chaque année 50 000 visas de résident permanent à des étrangers, originaires de pays comptant peu de résidents aux Etats-Unis, choisis par tirage au sort électronique parmi des millions de candidats. Pour participer à cette loterie, les candidats doivent avoir terminé leurs études secondaires ou, à défaut, avoir deux ans d’expérience professionnelle acquise au cours des cinq dernières années dans une profession requérant au moins deux ans de formation. Pas plus de 7 % des visas DV ne peuvent être délivrés chaque année aux ressortissants d'un même pays. Plus de Noirs = plus de clients "Depuis 2000, de nombreux Éthiopiens sont arrivés ici grâce au programme DV", constate Frehiwot Kebede. Selon le site du gouvernement américain, en 2010, environ 54 000 Africains ont été présélectionnés par ce système, dont environ 10 % d'origine éthiopienne. Pour obtenir le visa, chaque heureux élu doit non seulement prouver que les informations fournies dans son formulaire de candidature sont exactes, mais être en mesure d’acheter son billet d’avion et de subvenir aux besoins de première nécessité à son arrivée aux États-Unis. À défaut, il est recalé. Ce programme contribue à l’accroissement de la population noire aux Etats-Unis. Selon le bureau de recensement de ce pays, la proportion de Noirs est passée de 12,9 % de la population en 2000 (36 millions) à 13,5 % en 2008 (41 millions). D’après le National black business information clearinghouse, un site américain d'informations destiné aux entrepreneurs noirs, le revenu moyen par ménage noir a augmenté de 10 % entre 2006 et 2008. Le commerce de la diaspora africaine aux États-Unis a donc sans doute encore de beaux jours devant lui. Articles réalisés avec le soutien de Western Union ![]() version imprimable |
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