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par Mamadou Bineta
Madagascar (Syfia Madagascar) À Madagascar, l’année 2009, qui avait commencé par une crise politique, s'achève dans un climat politique, économique et social encore incertain. Et les perspectives pour l'année qui vient ne s’annoncent guère plus réjouissantes, en particulier sur le front de l'emploi.
Tout a commencé le 13 décembre 2008, quand le gouvernement de Marc Ravalomanana a fermé la télévision d'Andry Rajoelina, à l’époque maire d'Antananarivo. S'en est suivie au début de l’année 2009 une série de manifestations et d'émeutes qui ont fait une centaine de morts et causé des dégâts matériels importants. Dans la foulée, Rajoelina accédait au pouvoir sans être élu tandis que Ravalomanana s'exilait en Afrique du Sud. Les partisans du président déchu manifesteront ensuite à plusieurs reprises dans la capitale. En vain. Depuis près d'un an, des solutions à la crise politique malgache ont été cherchées un peu partout, notamment à Maputo (Mozambique) en août ou encore à Addis-Abeba (Éthiopie) en novembre. L'accord sorti de ces rencontres donne la priorité à la formation d’un gouvernement d'ouverture et à l'organisation d'élections d'ici fin 2010. La présidence est désormais assurée de façon consensuelle par l'actuel président et deux co-présidents de la Transition. La composition du gouvernement reste toutefois une affaire délicate : les co-présidents demandent un partage égal des postes, que refuse Andry Rajoelina au nom du droit du chef de l'État à choisir seul ses ministres. "La situation est relativement calme, mais instable. Les problèmes ne sont pas résolus. La situation politique demeure tendue, l’économie fragile et le climat social précaire", résume Pierre van den Boogaerde, représentant du FMI à Madagascar. D'autant que le gel de la plupart des financements extérieurs (aides budgétaires, projets de développement, etc.), décidé au lendemain de l'éviction du président élu, se poursuit. Plus de 200 000 emplois en danger Selon le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), une association d'entreprises franches malgaches et étrangères, l'année 2009 se termine sous la menace d’une mise au chômage de plus de 200 000 employés des zones franches. Les États-Unis ont, en effet, prévenu que la persistance d’un régime extra constitutionnel à Madagascar entraînerait, à partir de 2010, son exclusion de l’accord commercial préférentiel AGOA. Plus chers, les produits textiles des entreprises de Madagascar, risquent ainsi de se vendre plus difficilement aux États-Unis. Dans un rapport d'octobre 2009, la Banque mondiale prévoit une sévère récession économique avec plus de 50 000 emplois supprimés en 2010. "Les difficultés vécues par les entreprises cette année se répercuteront sur les recettes publiques en 2010", avertit Herintsalama Rajaonarivelo, président du FIVPAMA, le groupement du patronat malgache. Les établissements industriels et commerciaux victimes de pillages lors des événements de la fin 2008 peinent à redémarrer leurs activités. Andry Rajoelina n’a pas encore tenu sa promesse de les appuyer financièrement: "J'ai du mal à récupérer les 100 millions d’ariary (35 000 € actuellement) que j’ai perdus durant les émeutes", confie la gérante de deux commerces d'informatique de la capitale. Même si les émeutes se sont déroulées surtout dans la capitale, le monde rural et les régions n’ont pas été épargnés par la crise. L’insécurité s’est accrue dans le pays, car la majorité des forces de l’ordre s’est déplacée dans la capitale pour prévenir d’éventuels troubles. Dans la commune rurale d’Elonty, au sud de l’île, l’année 2009 a été marquée par une forte recrudescence des vols de bétail. Plus de 100 têtes de zébus ont disparu chaque jour contre cinq à sept seulement en 2008. "Il n’y a presque plus de zébus dans la commune. Les paysans doivent trouver d’autres moyens pour labourer leurs terres", se plaint Raharison, le maire. Fin 2008, c'est la fermeture d’un média qui avait été le déclencheur de la crise. Un an plus tard, d'autres radios sont interdites d'émettre et les médias nationaux sont étroitement contrôlés par le pouvoir en place. ![]() version imprimable |