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18-12-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Emmanuel De Solère Stintzy

Afrique
Afrique : les archives audiovisuelles, trésors à sauver

(Syfia France) Abandonnées à la chaleur et à la poussière et victimes de l’usure du temps, les archives audiovisuelles se détériorent lentement mais sûrement dans les radios et les télévisions africaines. Les premiers documents des années 1950 sont déjà perdus… Heureusement, certains pays et médias réagissent.

Le K.O. est proche. "Le temps est compté. Je suis comme un boxeur à terre sur le ring. Certaines bandes, trop détériorées, sont déjà inutilisables… Numériser l’ensemble de nos archives prendra des années…", explique Ouezen Louis Oulon, directeur de la radio à la Radio Télévision du Burkina. Situation quasi identique à la Radio Télévision nationale congolaise en RD Congo. "Nos archives représentent une mine d’or. Nous devons à tout prix agir maintenant, sinon nous risquons de tout perdre", observe Faustin Muley, chef du service informatique à la RTNC.
Dans la plupart des pays africains, les radios nationales, créées dans les années 1950, détiennent des milliers d’heures de sons (discours historiques, musiques et contes traditionnels, etc.) enregistrés sur bandes magnétiques. Ce patrimoine doit être très rapidement sauvegardé et numérisé, faute de quoi il sera définitivement perdu. Les premiers éléments sonores, exposés à la chaleur et à la poussière et victimes de l’usure du temps, sont d'ores et déjà inutilisables... Moins soutenues que les télévisions par leurs États, les radios sont au quotidien confrontées à différents problèmes : insuffisance d'appareils de lecture adaptés en raison de l’arrêt de la fabrication du matériel analogique et investissements trop lourds pour informatiser toute la chaîne d'archivage, manque de personnel qualifié disponible (une heure de numérisation demande près de deux heures de travail), etc.

Nouvelles opportunités
Sur ces difficultés viennent s’en greffer d’autres liées à l’instabilité de certains pays et l’absence de sécurisation des archives. "À la télévision et à la radio, aucune copie de sauvegarde n’a été faite et tous les originaux ont été stockés en un seul endroit, déplore Monique Razafy Rahajarizafy, présidente de l’association malgache FL@H (Sauvegarde des patrimoines audiovisuels). Faute de moyens, certains supports magnétiques ont été effacés et réutilisés. Les tragiques événements de janvier 2009 (lors des émeutes du 26 janvier 2009, les locaux de la station de la Radio et télévision Malagasy à Antananarivo ont été pillés puis incendiés, Ndlr) ont provoqué la destruction totale des archives de 1931 à 2009 de la radio et celle quasi totale des archives de 1980 à 2009 de la télévision."
Aujourd’hui, le matériel informatique est heureusement moins cher et plus performant. Des systèmes d’archivage numérique de grande capacité et d’utilisation relativement simple se sont développés. Depuis 2004, le Conseil international des radios-télévisions d'expression française (CIRTEF)* installe ainsi dans les médias de 18 pays africains un logiciel de numérisation et forme des personnels locaux à son utilisation et à sa maintenance. "Nous sommes à moins du tiers de l’objectif que chaque pays s’était fixé, à savoir archiver cinq heures d’émissions par jour", regrette Roshan Sujeebun, expert technique et informatique pour le CIRTEF.
Il note tout de même plusieurs évolutions intéressantes : "Le Togo et le Maroc prennent désormais en compte l’impact de leurs nouveaux équipements sur la sauvegarde de leurs archives. En 2006, l’Île Maurice a défini un plan de sauvegarde pour son patrimoine audiovisuel. Et le Niger a commencé à traiter ses archives par thèmes prioritaires." Dans bon nombre de pays et de médias, on semble avoir pris conscience qu’un savoir était entrain de disparaître. "Je me souviens dans une petite radio du sud du Maroc d’un archiviste qui avait le même âge que ses innombrables bandes magnétiques bien rangées à la verticale sur les murs. Il se rendait bien compte qu’elles ne tiendraient plus très longtemps…", raconte Élisabeth Clémentin, fondatrice et directrice de l’association Archives du monde**, une association française créée en 2006 qui organise régulièrement des formations à l'archivage de techniciens africains dans leurs radios.

Intérêt grandissant
Documentaliste et responsable de la bandothèque à la Radio nationale du Burkina, Céline Kaboré a suivi une de ces formations. Elle souhaite voir des formations spécialisées se développer en Afrique : "Avant, affecter quelqu’un aux archives était considéré comme une punition, mais les gens commencent à prendre conscience de l'importance de ce travail." Un intérêt sensible aussi au niveau du grand public : "Les gens sont avides d’Histoire. Nos émissions qui retracent le parcours d’une grande figure de notre pays attirent les foules", se félicite Hyacinthe Mienandi, directeur des programmes de Télé-Congo, assurant que le Congo Brazzaville doit faire plus par lui-même avant d’appeler des organismes extérieurs comme l’INA (Institut national de l’audiovisuel) français à la rescousse.
Ouezen Louis Oulon insiste, lui, sur la nécessité pour les médias africains de rester propriétaires de leurs archives pour, qui sait, demain mettre en ligne et commercialiser certains extraits, mais pas n’importe comment : "Je ne suis pas pour leur publication dans la première boutique Internet du coin. C'est comme le vin : plus il est vieux, plus il est bon…" Et plus il faut en prendre soin en le conservant mais pas trop jalousement pour que les connaisseurs et le grand public puissent aussi l'apprécier…

* http://www.cirtef.org

** http://www.archivesdumonde.org/


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