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18-12-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Haingonjatovo Raheliniavo

Madagascar
Madagascar : harmonie entre traditions et lutte contre les MST

(Syfia Madagascar) Marier coutumes et lutte contre les maladies sexuellement transmissibles, c'est possible ! Au sud de Madagascar, des ONG travaillent main dans la main avec les autorités locales et traditionnelles pour informer le grand public. Le port du préservatif, la fréquentation des centres de santé et le dépistage des MST progressent.

Un attroupement se forme sur une place de la commune d'Ambodikily, située au sud de Madagascar, à près de 1 000 km de la capitale. Un camion "vidéo-mobile" est installé pour une séance de projection. "Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qu’ils nous réservent comme surprise cette fois-ci ?" Dans la foule, les questions fusent. "Nous sommes du PSI (Population services international, une ONG, Ndlr). Nous sommes ici pour vous aider à lutter contre le sida et d'autres maladies sexuellement transmissibles", répond Pierre Rakotovao, un animateur.
Place ensuite à la projection. Dès le début du film, Koike, chanteur très connu à Madagascar, apparaît à l’écran. Pour le bonheur des grands et des petits. "Maman, c’est Koike !", crie une petite fille. Dans ce court métrage, le chanteur interprète le rôle d’un polygame atteint de la syphilis, qui finit par se soigner et par utiliser des préservatifs.
Depuis près de cinq ans, différentes ONG locales (publiques et privées) collaborent avec les artistes malgaches (chanteurs, comédiens, etc.). Des célébrités sont souvent présentes à des projections vidéo ou des discours publics. Jean-Claude Rakotomalala, président de l’ONG nationale ASOS (Actions socio-sanitaires organisation secours) en est persuadé : "Voir des célébrités rend les spectateurs plus réceptifs aux messages véhiculés".

Préservatif, dépistage, centre de santé
Pas évident au départ de faire passer le message dans certaines régions où la polygamie est très répandue. Théodore, paysan originaire du Sud, estime qu'il est tout à fait possible d'avoir quatre ou cinq femmes si on a les moyens de les prendre en charge. Par ailleurs, dans cette région, les filles habitent seules dès leur adolescence. Elles ont différents partenaires et sont particulièrement exposées aux MST. "Depuis mes 14 ans, je vis toute seule pour mieux choisir mon futur époux", confie l'une d'entre elles, originaire de la région Androy (Sud).
Actuellement, selon PSI Madagascar, la moitié de la population de cette région adopte les moyens de contraception. "Depuis que j’ai regardé ces films sur le sida, j’oblige les hommes que je fréquente à utiliser des condoms", précise la même jeune femme. L’objectif des ONG est d’encourager l'utilisation des moyens préventifs et curatifs plutôt que de recommander l'abandon des coutumes : "Il est quasi impossible de dire à ces gens de rompre avec leurs traditions. Il faut seulement leur donner les moyens de se protéger", explique Roger, un animateur de PSI.
En outre, le ministère de la Santé révèle que depuis 2008, 40 % des hommes des régions rurales et leurs partenaires font des tests des dépistages de MST avant de se passer la bague au doigt. Auparavant, ce taux ne dépassait pas 5 %. Les dispensaires sont également plus fréquentés : "Ici, le taux de fréquentation des centres de santé de base (CSB) est passé de 3 à près de 50 % depuis 2007", se réjouit Feno, responsable d’un CSB à Ambodikily.

Les chefs traditionnels, des relais efficaces
Les ONG travaillent en étroite collaboration avec les autorités locales et traditionnelles. Aucune activité ne démarre sans leur aval et elles sont souvent invitées à y prendre part. "Nous nous entretenons toujours avec elles avant d’aller vers les gens", résume Lucien, animateur au sein de l’ONG SISAL, une association locale de la lutte contre le sida. Ces deux autorités associées constituent un relais efficace pour convaincre la population étant donné le respect que cette dernière leur témoigne.
De leur côté, les chefs de quartier et les chefs coutumiers, ayant compris les dangers des MST, prennent à cœur leur rôle qui est ici de convaincre la population d’écouter les ONG et de suivre leurs recommandations à la lettre. Pour cela, ces autorités rassemblent les gens afin de prévenir les villageois de l’arrivée des associations et leur expliquent l’objet de leur venue. "Par respect pour nos ancêtres, nous tenons beaucoup à nos traditions. Cependant, nous, les aînés du village, ne pouvons pas non plus nous défaire de nos responsabilités face à toutes les maladies que ces ONG évoquent", affirme Rabeza, chef traditionnel octogénaire d’Ambodikily. Il conclut : "S’il faut marier les coutumes avec des choses nouvelles pour y arriver, nous sommes prêts à prendre le risque."

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