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par Marien Nzikou-Massala
Congo Brazzaville (Syfia Congo) Au Congo Brazzaville, un nombre important d’enfants congolais et surtout ouest-africains sont exploités économiquement et dans certains cas aussi sexuellement. Des ONG et des autorités se mobilisent pour qu’ils retrouvent une dignité et parfois aussi leurs parents.
Victorine, 12 ans à peine, a quitté sa famille il y a trois ans. Elle a débarqué au Congo après avoir transité plusieurs mois dans une ville de son Bénin natal. Mal habillée, les traits tirés, elle vend aujourd’hui des beignets au marché Poto-poto de Brazzaville. Victorine fait partie de ces nombreux enfants qui vendent des arachides, de l’eau ou font toutes sortes de corvées domestiques. Ces gamins esclaves travaillent en général plus de quinze heures par jour pour une mama mokondzi (mère-chef) ou un "tonton" ou "tuteur qui leur verse en retour 500 ou 1 000 Fcfa (0,75 ou 1,5 €). Neuf fois sur dix, ces enfants sont des filles. Exploités économiquement et parfois aussi sexuellement, affamés, la moitié d’entre eux n’ont jamais été à l’école. En 2009, selon l’enquête de l’ONG Commission justice et paix (CJP) et de l'Association pour les droits de l'homme et l'univers carcéral (ADHUC), ils seraient 2 000 à Brazzaville et 1 800 à Pointe-Noire. La survivance de certaines traditions, la pauvreté des parents, l'insécurité et le développement de la prostitution infantile expliquent en partie cette situation. La facilité avec laquelle on entre dans le pays et on vit au milieu de ses compatriotes quasiment sans risquer de contrôle d'identité, encourage ce phénomène. Par ailleurs, au lendemain de l’affaire de l’Arche de Zoé au Tchad, en octobre 2007, les autorités ont, semble-t-il, concentré leurs efforts sur le trafic international d'enfants plutôt que sur leur exploitation au Congo. "On a volé mon enfance" Ces derniers temps, on observe deux traites différentes, l’une interne, l’autre transfrontalière. La première découle de la pratique du "confiage" qu’utilisent depuis très longtemps de nombreuses familles du Congo Brazza. La seconde concerne les enfants originaires d’Afrique de l’Ouest (en majorité du Bénin, mais aussi de Guinée, du Mali et du Togo), des pays qui ont une vieille tradition de placement économique, et ceux venant de la RD Congo voisine. Serge Moutou, coordonnateur de la CJP, résume le circuit emprunté la plupart du temps par les jeunes ouest-africains : "Ils sont pris. On leur donne une fausse identité et ils arrivent au Congo." Ces enfants sont ensuite complètement coupés de leurs parents. Des mois plus tard, certains se souviennent du nom de leur village et de ceux de quelques membres de leur famille, mais ils n'ont en général aucune personne à qui se raccrocher. Au Congo, ils ne vont pas à l’école, n’ont pas d’amis et sont régulièrement battus. Julie a vécu cet enfer avant de réussir à s’enfuir. Cette Camerounaise, arrachée à sa famille par une compatriote inconnue à l’âge de 8 ans, est arrivée au Congo cinq ans plus tard avec cette femme qu’elle a fini par appeler "tantine" : "Elle est venue me chercher dans mon village où je vivais avec ma grand-mère. Elle lui a dit qu’elle voulait une vie meilleure pour moi, qu’elle pouvait m’emmener en ville pour que je puisse étudier. Mais, elle lui a caché notre voyage pour l’étranger. J’ai comme l’impression qu’on a volé mon enfance." Pendant des années, Julie a été exploitée comme servante et vendeuse. Ces mères-chefs et ces tontons violent l’article 116 du Code du travail congolais qui stipule qu'il est interdit d'employer des enfants de moins de 16 ans sauf dérogation spéciale. Ils enfreignent aussi la Convention internationale des droits de l'enfant que le Congo a ratifié en 1993. Maguy, une Béninoise dans la quarantaine, vendeuse au marché de Poto-Poto, se défend de toute exploitation : "Ces enfants sont logés, nourris et ont un peu d’argent de poche. L’eau que vend ma cousine de 13 ans est profitable pour nous deux." Ces adultes considèrent simplement que les épreuves qu’endurent leurs "protégés" leur forment le caractère. Seuls les mauvais traitements mortels seraient, selon eux, répréhensibles. "Je veux retrouver mes parents" Certaines ONG se battent aux côtés de l’Unicef pour faire changer les mentalités. Ainsi, la CJP et l'ADHUC ont alerté les représentants consulaires du Bénin, du Togo et du Cameroun et envoyé une correspondance au nouveau ministre de la Justice et des droits humains. Magloire Tsadi, directeur départemental du ministère des Affaires sociales au Kouilou, explique : "Notre direction et le gouvernement sont au courant de cette traite qui avilit les enfants." Pour l'heure, ces derniers n'osent pas encore porter plainte, mais demandent à être traités dignement et, pour certains, à retourner chez eux. A l’image de Victoire, 12 ans, qui commence à reprendre espoir : "Avant, j’étais malheureuse, maintenant je vais peut-être retrouver mes parents". La CJP, avec l’aide de l’administrateur du programme protection au bureau Unicef Congo et du représentant du consulat honoraire du Togo, a lancé des recherches pour retrouver sa famille dans son pays d’origine. ![]() version imprimable |
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