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20-11-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Fernand Nouwligbèto

Bénin
Bénin : une ligne jaune contre le sida

(Syfia Bénin) Depuis mai dernier, les Béninois peuvent obtenir gratuitement par téléphone des réponses à leurs questions sur le sida. Cette opération est le fruit d'un partenariat entre l’État, une Ong locale et un opérateur privé de téléphonie mobile.

"Allô ? Infos-sida, bonjour !" D’une voix douce, la jeune dame répond à un interlocuteur anonyme qui l’appelle de Matéri, à plus de 770 km au nord de Cotonou, la métropole économique du Bénin. Depuis le 22 mai dernier, elle exerce, comme cinq autres jeunes, le métier de "répondante" dans un centre d’appel dirigé par le Centre de réflexions et d'actions pour le développement intégré et la solidarité (Ceradis), une Ong béninoise. Son rôle : répondre par téléphone et sous anonymat aux questions posées sur le sida grâce à un numéro, le 96 000001, gratuit pour les clients de MTN, un réseau GSM partenaire de cette initiative, mais payant pour les abonnés des quatre autres opérateurs du pays. "Ça sonne tout le temps et on n’a guère le temps de souffler ! affirme-t-elle. Mais c’est un plaisir que de se savoir utile aux autres". Le numéro est désormais bien connu, grâce aux posters placés sur les grandes artères des villes du Bénin et aux tee-shirts distribués aux clients, qui portent le message "Votre numéro pour toute information sur le VIH/sida".
Les gens peuvent appeler les jours ouvrables de 8 à 20 heures ainsi que le samedi dans la matinée. D’un peu plus de 7 400 au cours du premier mois (22 mai au 21 juin), le nombre d’appels est descendu à 6 900 en juin-juillet avant de se stabiliser. Le premier mois correspond à "l’étape de découverte de la ligne avec beaucoup d’appels de curiosité ; ensuite, les gens ont commencé à mieux connaître la ligne et ses objectifs ; enfin, le troisième mois est l’étape de stabilisation : les gens appellent pour poser des problèmes sérieux", lit-on dans le rapport trimestriel de MTN. Ces problèmes, abordés surtout par les 15-40 ans de diverses localités du pays, sont "le dépistage, les modes de contamination et de prévention, la stigmatisation des sidéens", révèle une répondante. Une autre de ses collègues évoque le cas de séropositifs, dont un suicidaire, sauvés du désespoir grâce à ces conseils fournis au téléphone.

Le mobile, répandu et efficace
Fruit du partenariat entre le ministère de la Santé, l’Ong Ceradis et MTN, qui gère plus d’un million d’abonnés au Bénin, la "ligne jaune" Infos sida, ainsi nommée en référence aux couleurs de l’opérateur GSM, permet de "parler gratuitement du VIH/sida sous anonymat et en toute confidentialité", déclare Mistoura Salou Adjibadé, de Ceradis.
Avec l’essor de la téléphonie mobile, Ceradis décide dès 2002 de s’inspirer du numéro vert gratuit de Sida Info Service en France, qui répond aussi à des questions sur son site Internet. En 2003, le taux de prévalence au Bénin était estimé à 4,5 %, mais il a baissé depuis : 1,7 % en 2008 selon le ministère de la Santé. Restée en veilleuse faute de financements, l’idée était judicieuse que, malgré les campagnes de sensibilisation "plusieurs jeunes persistent à penser qu’avoir des relations intimes protégées diminue le plaisir", déplore Constance Mèlomè, du Programme national de lutte contre le sida (PNLS). Le téléphone portable est un moyen efficace de communication dans un pays qui compter 3,5 millions d’abonnés au GSM sur 7,5 millions d’habitants, selon l’Autorité transitoire de régulation des postes et télécommunications, D’autres structures tentent aussi d’utiliser ce canal pour informer le public sur la santé de la reproduction et le SIDA. C'est le cas de l’ONG Allô Bénin Santé, dirigée par une ancienne Miss Bénin, mais dont l'action est peu connue faute de moyens suffisants.

Appel à l’aide
Sur l’initiative de la Fondation MTN, le PNLS a sélectionné Ceradis en 2008, après avis à candidatures, pour gérer pendant un an renouvelable le centre d'appel. Sur fonds propres et grâce à une subvention de 8 millions de francs CFA (environ 12 200 €) du Programme multisectoriel de lutte contre le Sida (PMLS), l’Ong a recruté et formé sur le sida et en gestion de lignes les répondants. De son côté, MTN a mis à la disposition de Ceradis l’équipement (le mobilier et dix combinés téléphoniques) et assure jusqu’à 30 mn de communication gratuite par appelant, ce qui, par mois, lui coûte au total en moyenne 5,5 millions de Fcfa (près de 8 400 €). "On m’a bien accueillie au téléphone et j’ai compris que tous ceux qui disent sur les radios pouvoir guérir le sida nous mentent", confie une jeune femme.
Les appelants se plaignent surtout que la ligne soit saturée. Les répondants ne sont pas assez nombreux pour gérer les dix combinés. "Du 5 au 23 juin par exemple, nous avons enregistré plus de 141 000 tentatives d’appel contre seulement 5 840 appels servis", reconnaît Véran Ahouantchémè, de MTN. Les partenaires du projet n'ont réussi à trouver que la moitié des 42 millions de Fcfa (65 000 €) nécessaires au recrutement de 14 autres répondants. D’où le souhait de Constance Mèlomè de voir les "bonnes volontés renforcer l’initiative". Un appel entendu par le Lions Club béninois qui a donné 1,2 illion de Fcfa (1 829 €) pour le recrutement d’un répondant sur un an.



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