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30-04-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Souleymane Saddi Maazou

Niger
Niger : camions en surpoids et maigres étals

(Syfia Niger) Le Niger taxe depuis janvier la surcharge des camions à l'entrée sur son territoire, en application d'un règlement de l'UEMOA. Résultat : des files de véhicules débordant de riz, de farine, d'huile… sont bloqués depuis des semaines aux postes frontière. Des transporteurs hésitent à présent à charger des marchandises dans les ports des pays voisins. Au Niger, on craint des pénuries et les prix montent.

Makalondi, bourgade de 2 000 âmes, à l’ouest du Niger sur la route Niamey-Ouagadougou, offre un spectacle inhabituel. Cinq cents camions, en surcharge, y sont bloqués depuis plus de deux mois. C'est par ce poste frontière que transite, normalement, le gros des marchandises à destination du Niger, débarquées dans les ports togolais et ghanéens de Lomé, Accra et Tema. Dans la journée, les camionneurs et leurs apprentis trompent leur attente en se reposant à l’ombre des arbres, certains sous les camions. La nuit, ils dorment à la belle étoile à côté de leurs véhicules. Un marché, animé 24 heures sur 24, s'est même installé : ils peuvent y acheter de l'eau, de la nourriture, des cigarettes, etc. Pendant ce temps, la cargaison des camions – sacs de riz, de maïs, de farine du blé, pâtes, huile, sucre, conserves – est exposée à la poussière et à plus de 40°C la journée.
"Avec cette chaleur, les boîtes de conserve que je transporte vont certainement être périmées", s’inquiète Abdou Dogo, un camionneur bloqué là depuis 40 jours. "Ils sont tous en infraction de surcharge", constate, placide, un agent des douanes. Ce blocage résulte de l'application stricte par le Niger, depuis le début de l'année, d'un règlement de l’UEMOA*, sur l’harmonisation des normes et des procédures de contrôle du gabarit, du poids et de la charge à l’essieu des véhicules lourds de transport de marchandises. Ce règlement, adopté en décembre 2005, est entré en vigueur au Niger et au Mali, mais pas encore dans les autres États membres. Au Niger, cette mesure s'est traduite par l'installation de trois postes de contrôle fixes où les camions sont pesés. Si la charge à l'essieu dépasse la norme maximale, le véhicule est bloqué jusqu'à ce que son propriétaire s'acquitte d'une amende.

Un surpoids dangereux
"Le poids autorisé en charge de mon camion est de 45 tonnes, mais j'ai un surplus de 20 tonnes, reconnaît Abdou Saley, qui transporte du riz et de l’huile en provenance du Ghana. On me demande de payer 600 000 FCFA (910 €) J’ai déjà passé trois semaines à cette barrière. Avant cette mesure, le passage de Makalondi se faisait en moins de 48 heures." Les 10 premières tonnes de surcharge sont taxées à 20 000 FCFA (30 €) la tonne ; au-delà, le montant double.
Le ministre nigérien de l’Équipement, Lamido Moumouni, justifie ces sanctions et l'application du règlement par la nécessité d'éviter la dégradation rapide des routes et de limiter le nombre d'accidents de camions trop chargés : "Nos routes sont construites pour durer jusqu'à 20 ans, mais avec les effets de la surcharge cette durée peut être ramenée à 5 ans." Selon les statistiques de ce ministère, sur les 18 900 km du réseau routier nigérien, seulement 3 900 sont bitumés et subissent une énorme pression de la part de ces gros porteurs trop lourds.
Amadou Zada, propriétaire de son camion, admet la surcharge, mais renvoie la balle : "Nous les transporteurs sommes contraints de dépasser le tonnage normal. Le surplus nous permet de faire face aux différentes tracasseries policières et douanières et de joindre les deux bouts."

Les prix grimpent
À en croire Ali Boubacar, un commerçant exportateur, plus de 300 000 tonnes de vivres à destination du Niger seraient en rade au port de Téma au Ghana, les chauffeurs refusant de transporter les marchandises par crainte du verdict du pont-bascule de Makalondi. Les postes de Dosso où passent les camions en provenance du Bénin et du Nigeria, et celui de Niamey étant dans une situation similaire, les marchés de la capitale comme de l’intérieur du pays sont mal approvisionnés. On assiste à toutes sortes de pénurie : la farine du blé a pratiquement disparu des étals créant ainsi une pénurie du pain. Le prix du sac de 50 kg de riz a augmenté de près de 20 % et atteint 25 000 FCFA (près de 37 €). "Si cela continue, il pourrait atteindre 30 000 FCFA (44 € )", avertit Almoustapha Sani, commerçant exportateur au grand marché de Niamey. L’huile de table, le sucre, le lait, le pétrole lampant et les pâtes alimentaires, de plus en plus rares, ont également augmenté. En ville comme en campagne, cette inflation inquiète. Le président de l’Organisation des consommateurs du Niger, Nouhou Arzika, craint des ruptures d'approvisionnement. *
Des organisations de la société civile ont accusé les autorités nigériennes d’être responsables de cette situation. Elles ont manifesté au mois de mars dernier pour demander la suppression des ponts-bascules. En vain : les autorités observent depuis un silence radio. Le syndicat des transporteurs se contenterait, lui, de la révision à la baisse des taxes sur la surcharge.

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