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par Féthi Djebali, Youad Ben Rejeb
Tunisie (Syfia Tunisie) La Tunisie fait de plus en plus appel à l’énergie éolienne pour réduire sa facture énergétique. Dompter le vent pour produire l’électricité s’avère un choix judicieux. Le pays devrait devenir un des plus importants producteurs africains d’énergie de ce type.
Depuis 8 ans, Adel Hamrouni, chef du projet éolien à la Steg, la Société nationale d’électricité en Tunisie, plante des éoliennes à Sidi Daoud, sur la côte centre-ouest du pays, à 50 km de Tunis, la capitale. Un lieu idéal pour la production d'énergie verte, selon les études menées par la Steg, grâce à la vitesse et à l’orientation des vents qui balayent la région. Son parc compte 70 éoliennes, mais seules 42 ont déjà été mises en service. Après deux ans d'une stricte surveillance, le site nécessite aujourd'hui une maintenance minimale et Adel n'y passe plus qu'en coup de vent. Plantées en file indienne, les éoliennes offrent un spectacle qui émerveille toujours les villageois de Sidi Daoud. Ces grandes machines aux pales de fer peintes en blanc s’intègrent parfaitement au paysage. "C’est beau à voir, surtout de la mer", commente Omar, un pêcheur, bien qu’il préférerait des projets qui font travailler les jeunes de l’endroit. "Au départ, on n'y croyait pas trop, mais le jour où on les a mises en marche, c’était fabuleux", rappelle Mejri Mohieddine, chef du Département études énergétiques à la Steg, qui travaille sur l’énergie éolienne depuis 15 ans. Mansour Bel Hadj, chef de la centrale, veille au grain, avec une équipe de six personnes qui se relayent pour assurer le bon fonctionnement du système. "Depuis la création de ce site, j’en connais chaque coin. Nos éoliennes fonctionnent 80 % de l'année", souligne-t-il. Dans cette région où le vent ne manque presque jamais, il arrive toutefois que celui-ci soit imprévisible. "Cette année, on a bien produit en été, alors que d'habitude, le pic de production se situe en hiver", témoigne Bel Hadj. Autant en apporte le vent C’est la coopération entre la Tunisie et l’Espagne qui permet de financer le recours au vent. Les banques tunisiennes apportent 50 % des fonds, et, à la suite d'un accord entre les deux pays, l’entreprise espagnole Gamesa fournit et installe les éoliennes. Lorsqu’il sera intégralement en service, ce projet éolien tunisien aura coûté près de 54 millions d’euros. "Comparé à d’autres expériences dans les pays européens, le coût d’installation est raisonnable et une fois en place, le projet ne nécessite pas beaucoup de personnel. De plus, les salaires en Tunisie sont bas", précise Adel Hamrouni. L'État détenant le monopole sur le marché de l'électricité, les banques lui prêtent facilement. Pour la Tunisie, dompter le vent est plus qu’un choix : une nécessité. Contrairement à ses voisins, ses ressources pétrolières sont minimes, mais elles restent la première source de production d’électricité. Avec la flambée du prix du pétrole ces dernières années, le déficit énergétique (importation de pétrole raffiné contre exportation de pétrole brut, le pays ne disposant que d'une raffinerie aux capacités limitées) s’est accru, en valeur, de 17 % en 2007, au point d’affecter sensiblement la balance commerciale. Aujourd’hui, la centrale de Sidi Daoud fournit, avec ses 42 éoliennes, 55 mégawatts (MW) au réseau national d’électricité, soit 2 % de la consommation nationale. Cette part devrait atteindre 4 % avec la nouvelle centrale de Bizerte qui démarrera en 2009. Les centrales électriques produisent, elles, 3 300 MW. Trois autres centrales éoliennes sont en construction au nord du pays, triplant la capacité totale en 2009, pour atteindre 200 MW en 2011. La Tunisie sera alors le premier producteur africain, mais pas pour longtemps, puisque le Maroc devrait produire 1 000 MW éoliens en 2011. L’éolien représentera alors 4 % de l’ensemble de l’énergie électrique produite par le pays. La moyenne mondiale est de 6 %, mais la Tunisie s’en sort bien pour un pays du Sud. Et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) évalue son potentiel à 1 000 MW. Des watts propres Avec cette source d'énergie, c’est aussi la nature qui marque des points. L'énergie éolienne permettra à la Steg d’économiser annuellement 92 000 tonnes de combustibles fossiles nécessaires précédemment pour alimenter le pays en électricité et 11 000 mètres cubes d’eau utilisés pour produire l’énergie. Le parc éolien permettra également d’éviter l'émission par an de 330 000 t de CO2, 174 t d’oxyde d’azote, 190 t d’oxyde de soufre et 9 t d’autres gaz hautement polluants et toxiques dégagés principalement par la combustion du pétrole, selon les ingénieurs du projet. Les terrains occupés par les éoliennes peuvent en outre continuer à être cultivés et, contrairement aux idées reçues, il n’y a pas besoin de vents violents pour faire fonctionner celles-ci. "La moyenne idéale est de 20 km/h. D’ailleurs, au-delà de 90km/h, les éoliennes s’arrêtent par mesure de sécurité", explique M. Bel Hadj. Toutes les éoliennes ont été implantées en se souciant d’un autre aspect, celui du bruit pour les populations voisines, rassure pour sa part M. Abbes Miledi, ingénieur en chef à Sidi Daoud. Originaire de l’endroit, il est ici chez lui, mais attend de rejoindre la deuxième centrale, qui sera implantée à Bizerte, au Nord. "C’est le vent, conclut-il, qui m'a ramené chez moi, mais je ne sais pas où il m’emportera." ENCADRE Les bons vents de l’Afrique sous-exploités Du vent, l’Afrique en a à revendre. Pourtant, l’énergie éolienne peine à y démarrer. Selon le rapport 2007 du Global Wind Energie Councel (GWEC), l'exploitation éolienne actuelle du continent représente à peine 5 % de la production mondiale. Or, les études montrent que le potentiel est gigantesque. Celle du cabinet spécialisé Hélimax, commandée par la Banque africaine de développement (BAD), identifie 15 pays africains disposant d'un gisement éolien propice au développement de cette énergie : l'Afrique du Sud, le Lesotho, Madagascar et Maurice pour l’Afrique australe, Djibouti, l'Érythrée, les Seychelles et la Somalie en Afrique de l’Est, l'Algérie, l'Égypte, le Maroc et la Tunisie en Afrique du Nord et le Cap Vert et la Mauritanie en Afrique de l'Ouest. L'un des plus grands parcs éoliens en Afrique devrait se situer bientôt en Éthiopie, dans la région du Tigray, mais il est encore en phase d’étude. 120 éoliennes de 1 MW devraient fournir de l'électricité à plus de 5 millions d'Ethiopiens. L’étude souligne l’absence de volonté politique affirmée en faveur de l’énergie éolienne malgré sa capacité à résoudre les problèmes d’électrification, surtout dans les zones reculées. En attendant une prise de conscience chez les décideurs africains, les coupures d’électricité demeurent une réalité quotidienne en Afrique. Y. B. R. et F. D. ![]() version imprimable |
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