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par Souleymane Saddi Maazou
Niger, Nigeria (Syfia Niger) Au Niger et au Nigeria, des musulmanes, leaders religieux, vont de baptême en mariage demander aux familles d'arrêter de gaspiller argent et nourriture lors de ces cérémonies. En ces temps de crise alimentaire, leur message semble être entendu : les comportements commencent à évoluer.
En cette matinée de fin septembre, assises à l’ombre d’un grand arbre, des femmes célèbrent le baptême de Salissou, le fils d'Ibrahim Moussa, le maçon du quartier. D'une voix basse, Mallama Haoua, la soixantaine, conseille son auditoire : "Le gaspillage est contraire à l'islam. Arrêtons le gâchis de nourriture dans nos cérémonies et nous pourrons peut-être faire face à la crise alimentaire et économique." La scène se déroule dans l’État de Sokoto, au nord du Nigeria, à plus de 1000 km de Lagos, la plus grande ville du pays. Chez Ibrahim Moussa, le message semble avoir été entendu. Pas d'immenses marmites de riz au mouton ou au bœuf, ni de grandes tasses de bouillie en vue. Au menu : un déjeuner simple, pour un nombre limité de convives qui ne resteront qu'une journée. Présente à ce baptême, Hamsatou Idi a commencé, elle aussi, à faire des économies. "En juillet dernier, pour le baptême de mon sixième enfant, nous n'avions préparé que pour 30 invités. Autrefois, il aurait fallu nourrir environ 200 bouches. Pour une famille de 10 personnes, c'est l'équivalent de deux mois de nourriture !", observe-t-elle. Au Niger, qui partage avec le Nigeria 1 500 km de frontière et qui est lié à ce pays par la religion, l’histoire et la tradition, bon nombre de personnes renoncent aussi, petit à petit, à dépenser sans compter pour les fêtes. Une petite révolution, car, il n'y a pas si longtemps, la coutume était d'épater à tout prix ses invités… "Après une cérémonie, on assurait difficilement les trois repas quotidiens… Avec la nouvelle méthode, j'ai très bien géré l'après mariage de ma sœur", se félicite Baraka Ibrahim, ménagère à Birnin-Konni (Niger). Haoua Sanda, une autre Nigérienne a fait de même : "Au mariage de ma nièce, nous avons dépensé seulement 15 000 Fcfa (23 €) pour la nourriture. Il y a quelque temps, nous aurions dépensé presque cinq fois plus !" Entraide communautaire Depuis environ un an, préoccupées par l'augmentation des aliments de base et la cherté de la vie, ces femmes, leaders religieux, sont invitées ou s'invitent à différentes cérémonies pour y prêcher la modération des dépenses. En juillet dernier, au Forum de Niamey sur les pratiques non conformes aux traditions islamiques, un appel avait été lancé dans ce sens par des musulmanes du Niger et du Nigeria. Pour le marabout Rabiou Boubacar, islamologue à Maradi, au Niger, "tous les musulmans finiront par appliquer cette règle (de non-gaspillage, Ndlr). L'idéal serait de faire juste quelque chose de simple surtout en cette période de cherté de vie." Au Niger comme au Nigeria, la hausse des prix des céréales menace en effet dangereusement les plus fragiles. Les plus consommées, notamment le riz, le mil et le maïs ont ainsi augmenté de près de 50 % en l’espace d’un an. Au Niger, malgré une exonération temporaire de taxes sur certaines céréales comme le riz, la tendance est toujours à la hausse. Le sac de 50 kg de riz s’achète aujourd'hui à 24 000 Fcfa (36 €) contre 13 000 Fcfa (20 €) il y a un an. Au Nigeria, le sac de 100 kg de mil qui coûtait 5 000 nairas (près de 30 €) il y a huit mois se vend aujourd’hui 8 000 nairas (47 €). Au delà des actions contre le gaspillage, ces musulmanes plaident aussi pour un renforcement de la solidarité islamique. "Les commerçants doivent arrêter de courir après le gros bénéfice. Notre communauté est basée sur l'entraide mutuelle", rappelle Hassana Iyo, prêcheuse à Sokoto. Pendant le ramadan, des commerçants ont répondu à cet appel en baissant leurs prix. Quant aux plus riches, certains sont davantage venus en aide aux plus démunis. ![]() version imprimable |