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03-10-2008                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Claude Adrien De Mun

RD Congo
Est de la RD Congo : bloquer les frontières pour asphyxier les rebelles

(Syfia Ouganda) La guerre continue de faire rage au nord-est de la RD Congo entre l'armée congolaise et les rebelles de Laurent Nkunda. Fin août, le poste de Bunagana aux frontières de l’Ouganda et du Rwanda, dont les recettes alimentaient la rébellion, a été fermé. Mais, selon les autorités congolaises, les armes continueraient à passer.

Les volcans noirs qui surplombent Bunagana, en RD Congo, sont chapeautés de nuages blancs. Officiellement, ce poste situé aux frontières du Rwanda, de la RD Congo et de l’Ouganda est fermé depuis le 28 août dernier. Les fonctionnaires congolais, qui y collaboraient avec les rebelles de Laurent Nkunda, qui s'affrontent depuis fin août à l'armée congolaise pour le contrôle de cette région du Nord-Kivu, à l'est de la RDC, ont reçu l’ordre de quitter les lieux. Les camions sont bloqués, mais les piétons traversent toujours : des hommes avec des carrioles en bois et surtout des femmes passent les barrières avec des légumes.
Ici le panneau indique toujours que l’on entre au Zaïre, nom donné au pays par le maréchal Mobutu, renommé République Démocratique du Congo en 1997. Jamais, depuis cette date, l’armée gouvernementale n’est parvenue à reprendre totalement le contrôle de cette région. Ce vaste territoire, riche en minerais et en pâturages, adossé au Rwanda et à l’Ouganda, est, depuis, la proie de diverses milices aux allégeances changeantes qui terrorisent la population. La plus importante demeure actuellement celle de Laurent Nkunda, qui a créé le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) en 2006, quelques mois avant les élections générales, afin, disait-il, de protéger les Congolais d'origine tutsi comme lui... Il est parvenu depuis lors à prendre le contrôle de larges territoires, de plusieurs mines de coltan, ainsi que du poste frontalier de Bunagana.
Aujourd'hui, les combats font rage dans toute la région contraignant des milliers de gens à fuir. Joseph Kabila, le président de la RDC, affirme que les troupes du CNDP reçoivent des soutiens et des armes du Rwanda. Paul Kagame dément et continue d'accuser l'armée congolaise de soutenir les FDLR, les hutus considérés comme génocidaires qui vivent toujours en RDC. Les enrôlements d'enfants continuent de plus belle.

Une république à part
Le message du CNDP est simple : "L’armée gouvernementale vous terrorise ; nous vous protégeons". La grande majorité des habitants de Bunagana pense le contraire. "Les insurgés nous maltraitent. Ils nous considèrent comme des bêtes. Ils violent et frappent les gens. Leurs vaches détruisent nos plantations. La nuit, ils pillent. Nous voulons que le gouvernement prenne le contrôle du territoire", se lamente, à voix basse, un enseignant.
Après la reprise des combats, le 5 septembre dernier, le ministre des Affaires étrangères de la RDC, Mbusa Nyamwisi, accompagné de la vice-ministre de la Défense ougandaise, a fait le déplacement sur place, du côté ougandais de la frontière. Leurs mots sont prudents, car les rebelles ont infiltré la population ougandaise et ils observent sans se cacher la réunion depuis une colline congolaise.
"À Bunagana, de l’autre côté de la frontière, c’est une république à part. Ils ont leur propre radio, leur propre drapeau…" raconte Muleke, le chef du district de Bunagana, du côté ougandais. Pour lui, ce poste frontalier doit cependant être rouvert. "La fermeture de la frontière a eu un énorme impact sur le commerce. Cette région de RDC a toujours été un grenier pour les Ougandais. Désormais, ils vont faire leurs courses en RDC la peur au ventre", poursuit-il. Mais les autorités congolaises ne sont pas pressées de rouvrir ce qu’elles considèrent comme l’un des principaux points de ravitaillement et d'approvisionnement en armes des rebelles.

Les rebelles asphyxiés
La région des Volcans a été la base des rebelles du FPR (Front patriotique rwandais) qui sont arrivés au Rwanda en 1994 avant d’entrer en RDC deux ans plus tard. Ils en connaissent tous les recoins et tous les passages dans cette forêt où vivent les derniers gorilles des montagnes.
À défaut d'être certaines d'empêcher les armes de passer, les autorités congolaises espèrent au moins, en fermant ce poste, que les rebelles ne percevront plus les taxes au passage des marchandises. D'ailleurs le lundi 15 septembre, les rebelles, asphyxiés par cette mesure – plus aucun véhicule ne passe par chez eux et ne peut donc être rançonné – ont organisé une marche de quelques centaines de personnes jusqu’à Tchengerero, à 5 km de là. Ils se sont plaints auprès des Casques bleus de la MONUC du soutien que ces derniers ont apporté durant les récents combats aux troupes gouvernementales qui perdaient du terrain. "Ici, on nous considère comme des Rwandais et pas comme des Congolais. Pourtant, nos terres sont ici, pas au Rwanda. Et ce territoire est le nôtre", martèle l’un des chefs rebelles.

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