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03-10-2008                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Patient Ndoole Mambo

RD Congo
Nord-Kivu : des enfants-soldats comme monnaie d'échange

(Syfia RD Congo) Le recrutement forcé d'enfants-soldats s'est intensifié depuis les accords de paix de Goma, en janvier dernier. Certaines de leurs dispositions poussent les chefs des groupes armés, particulièrement le CNDP de Laurent Nkunda, à gonfler leurs effectifs dans l'espoir de grades plus élevés dans l'armée régulière.

À l’État major de la brigade du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple, principal mouvement rebelle du Nord-Kivu, dirigé par Laurent Nkunda) à Mushake, des centaines de kadogo, des enfants-soldats, sont regroupés. "Ici, nous sommes plus nombreux qu’avant, garçons comme filles. D’autres arrivent chaque jour, explique l’un d’eux sous anonymat. Les hommes de Nkunda sont venus un bon matin à notre école. Ils ont fait irruption dans les salles de classe avant de prendre tous les garçons qui leur semblaient forts pour porter une arme", témoigne X., enlevé en juin dernier. AK 40 en mains, une tenue et des bottes militaires trop grandes pour lui, cet adolescent veille la nuit au poste de contrôle du CNDP à la sortie de Sake, sur la route qui mène de Goma à Masisi, au Nord-Kivu. Âgé d'à peine 15 ans, il ne quitte pas sa cigarette de chanvre, devenue son seul remède pour supporter sa situation. "Elle me permet de vivre au-delà de ce monde. Et d’oublier que j’ai une famille", soupire-t-il, le regard perdu.

Des effets pervers
"Il nous faut plus d’hommes, et pour cela nous recourons aux jeunes", explique, sans état d'âme, un officier du CNDP. Lors de la conférence de paix de Goma, en janvier 2008, les bandes armées s’étaient engagées à démobiliser les enfants, mais leur enrôlement est, au contraire, depuis lors passé à la vitesse supérieure. Selon l’Unicef, entre février et mars dernier, 100 enfants ont été recrutés au Nord-Kivu. Un responsable de la division de la protection de l’enfance de la Monuc (la force des Nations unies en RDC) le confirme, précisant que la majorité des enrôlements actuels sont le fait du CNDP ; d'autres vont chez les maï-maï (combattants issus d'autres communautés que les Tutsis majoritaires au CNDP).
"Les groupes armés veulent à tout prix augmenter l’effectif des hommes qu’ils ont déclaré lors de la conférence de janvier dernier. Malheureusement, les enfants sont la principale cible de ce recrutement", regrette Jason Luneno, président de la Société civile du Nord-Kivu. Selon l’accord signé au sortir de la conférence, les grades militaires des chefs de groupes armés lors de leur intégration future dans l’armée régulière, seront fonction de leur force. Plus ils auront d’effectifs, meilleure sera leur position. Des dizaines de groupes armés seraient ainsi nés ces derniers mois, dont les recrues sont de nombreux enfants.

Drogués pour se battre
L’enrôlement d’enfants, par la force ou la promesse d’un avenir meilleur, n’est malheureusement pas nouveau. Ivres de drogue, mal nourris, ces jeunes deviennent des guerriers contre leur gré et envoyés en première ligne lors des combats. "Nous passions la nuit dehors. Nous étions chargés d’aller chercher le bois de chauffe, puiser de l’eau et transporter de lourds fardeaux. Nous devions aussi nous battre", témoigne un jeune qui a réussi à s’enfuir.: "Ils ne reculent devant rien, confirme un officier du CNDP, pas même les pluies de balles et permettent ainsi aux autres d’avancer".
Initiatives des Ong et du gouvernement, plusieurs projets de réinsertion d’enfants démobilisés sont en cours, comme sur la route Goma-Masisi où des centaines d’entre eux sont employés à la réhabilitation des routes de dessertes agricoles. "C’est une façon d’occuper ces jeunes sans emploi, pour qu’ils ne rejoignent plus les groupes armés", explique un responsable du gouvernement provincial. Mais en amont, les enlèvements qui se poursuivent dans les villages anéantissent l’impact de ces efforts.
De plus, rares sont les enfants qui réussissent à fuir, comme en témoigne encore X. "Ça ne me fait pas plaisir d’être ici, mais c’est pour préserver ma vie que je résiste encore malgré les souffrances. Certains de mes collègues qui ont tenté de fuir ont été exécutés. J’ai peur". Le 3 juin dernier, deux enfants de 14 et 16 ans ont été tués alors qu’ils fuyaient le recrutement forcé du CNDP, dans le territoire de Masisi, à plus de 80 km à l'ouest de Goma.
Children Voice, une Ong congolaise de protection des droits de l’enfant basée à Goma, avait lancé, dès avril dernier, un appel à la Commission technique mixte paix et sécurité, chargée de la mise en œuvre des actes d’engagement signés lors de la conférence de Goma. Elle y dénonçait les effets pervers de ces actes, qui exposent de plus en plus les enfants et demandait de sanctionner et de dégrader ceux qui ont des enfants dans leurs rangs. Lors du lancement de la campagne gouvernementale "Zéro enfant soldat en RD Congo", Tumba Lwaba, coordonnateur du PNDDR (Programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion) émettait un constat sans appel : "Le recrutement des enfants dans les groupes armés ne pourra prendre fin qu’avec la neutralisation de ces groupes".

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