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par Boubacar Sylla
Mauritanie (Syfia Mauritanie) Hier ville poubelle, aujourd'hui ville plus belle : Nouakchott a changé de visage en un an. La capitale mauritanienne dispose maintenant d’un système moderne de collecte et d’évacuation des ordures. Les autorités municipales ont signé un contrat de dix ans, renouvelable, avec une entreprise étrangère.
Une première en Mauritanie ! Les tas d'ordures ont enfin disparu des quartiers et des rues de Nouakchott. À la grande satisfaction des 700 000 habitants de la capitale. Un an après la signature d'un contrat de dix ans renouvelable avec Dragui-Transport, une entreprise française, l’Agence de développement urbain (ADU), à qui la Communauté urbaine a délégué ses pouvoirs, parle, elle aussi, d'un "changement notable". L'entreprise, sélectionnée sur appel d'offres international, se charge depuis septembre 2007, du nettoiement des rues, de la collecte et de l'enfouissement des ordures ménagères. Forte de son expérience au Maroc, en Libye et en Tunisie, elle dispose d'équipements ultra modernes. Une centaine de camions-bennes, bulldozers et tracteurs, flambant neuf, frappés du slogan "Nouakchott ville propre" traquent partout les immondices. Le long des rues, plus de 3 000 bacs à ordures en plastique de 760 et 370 litres, sur les 4 000 prévus, recueillent les déchets. Mille deux cents ouvriers dont 350 femmes, recrutés pour ces tâches, s'activent chaque jour dans leurs tenues bleues et jaunes fluo. Avec leurs gants et leurs masques, on dirait des personnages de dessins animés. "Le travail des femmes est plus efficace, confie un responsable de la société. Elles balaient comme elles le font dans les maisons." Éboueurs, camionneurs et autres employés sont encadrés par deux Français et des Mauritaniens, chefs d'équipe, de zone ou de secteur. Depuis plus de 30 ans, toutes les initiatives prises pour nettoyer et assainir la capitale avaient échoué. Les autorités avaient, dans un premier temps, misé sur des privés mauritaniens et des associations de quartier. Mais, inexpérimentés et sous-équipés, ils n'avaient pas pu à venir à bout des ordures qui ne cessaient de s'entasser, avec leur cortège de maladies et d'affections dues au manque d'hygiène. "Sortez vos poubelles" Le président de la communauté urbaine de Nouakchott, Ahmed Ould Hamza, s'était donné 18 mois pour gagner son pari, faute de quoi, avait-il dit, il démissionnerait. Pour mener à bien l'opération, il exhorte tout le monde, surtout les hommes d'affaires, à s'acquitter des impôts. Mais les moyens humains et matériels ne font pas tout. Rien n'aurait pu se faire si la population n'avait pas joué le jeu. Depuis plusieurs mois, Radio Citoyenne, une radio FM de l’ONG Initiative citoyenne pour le changement, en partenariat avec la radio nationale qui l’héberge, invite les Nouakchottois à plus de civisme : "Sortez vos poubelles avant le passage des camions !" entend-on sur les ondes. "On sort le matin et on trouve que les ordures sont enlevées", s'émerveille un habitant du quartier aisé de Tefragh Zeina . "Avant, dix balayeurs restaient plusieurs heures sur 100 m de trottoir sans rien faire, témoigne Sidi Mohamed Abdallah, un commerçant du marché central de Nouakchott. Maintenant, un seul agent de la nouvelle société nettoie ça en moins d'une heure." Pour organiser la collecte, la société a préféré commencer par les quartiers cossus du nord de la ville. "Ils ressemblent à ceux des villes d’Europe avec des routes praticables", justifie Serge Tiran, le directeur d'exploitation. Les méthodes se sont affinées progressivement avant d'attaquer les quartiers populeux, où concentration humaine et occupation anarchique de l'espace compliquent le ramassage des ordures. Des déchets compactés, arrosés d'eaux usées, y tapissent les trottoirs. Dans ces coins pauvres de la capitale, balayer chaque matin devant sa porte est encore loin d'être un réflexe pour tous. Ceux qui balaient se découragent de voir que leurs voisins ne le font pas. Trois cents tonnes par jour Une fois ramassés, les déchets sont transportés dans des centres de transit disséminés un peu partout en ville, puis acheminés, de nuit, au centre d'enfouissement situé à 30 km de Nouakchott. L'entreprise est payée au kilo après pesée des camions sous contrôle des agents de l'ADU. "Au début, nous avions un pic de 750 t d'ordures par jour, parce que certaines étaient là depuis longtemps. Nous sommes retombés à 300 t par jour", révèle Bakary Wagué, un des cadres mauritaniens de l’entreprise. Selon le patron de Dragui, le centre, qui couvre 50 ha, ne devrait pas être saturé avant des dizaines d'années. Cependant, certaines activités prévues au contrat n'ont pas encore démarré et quelques insuffisances ont été pointées par l'ADU. "Une part importante du matériel prévu dans le contrat n'est pas encore arrivée", constate l'agence. De même, les camions de ramassage ne passent pas encore dans les rues sablonneuses et étroites. Pour y remédier, la société envisage de faire appel à des charrettes qui pourraient aller là où les véhicules ne peuvent pas accéder. Un premier bilan de l'exécution du contrat est prévu dans les prochains mois. ![]() version imprimable |