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par Daouda Aliyou
Nigeria (Syfia Nigeria) Au Nigeria, des milliers d'immeubles mal construits et menaçant de s'effondrer sont ou seront systématiquement détruits par mesure de précaution. Pauvreté des propriétaires, filouterie des entrepreneurs ou négligence de l'administration ? Pas facile de situer les responsabilités dans les malfaçons qui provoquent des effondrements, parfois mortels.
Les Task Force de l'État de Lagos, au Nigeria, ne désarment pas. Ces polices spéciales mises en place en janvier 2008 par le gouvernement pour prévenir les effondrements d'immeubles, ont déjà détruit plusieurs dizaines habitations jugées mal construites. "1 200 autres seront démolies avant le début de la saison pluvieuse en juin et 7 000 le seront d'ici à décembre !", lance, très ferme, Tokumbo Akinoso-Thomas, du ministère du Plan et du développement urbain. L'infiltration de l'eau de pluie dans des bâtiments aux fondations incertaines, construits avec du béton contenant trop de sable et pas assez armé en fer accroît en effet les risques d'effondrement. Depuis le début de l'année, cinq bâtiments se sont écroulés à Lagos faisant une vingtaine de morts et plusieurs blessés. D'autres villes de la fédération nigériane, comme Ibadan et la capitale fédérale, Abuja, ont connu des drames similaires. Port Harcourt, la ville pétrolière au sud du pays, en a enregistré une dizaine entre 2006 et 2008. "Mauvais plans de construction…" Le gouvernement de l'État de Lagos a décidé de sévir et de prévenir ces accidents. Depuis février dernier, les immeubles à risques sont identifiés et systématiquement démolis. Ceux de leurs habitants qui le peuvent (cadres, fonctionnaires, artisans…) se rabattent sur les logements sociaux. Les autres, sans moyens, se retrouvent sans logis en ville ou retournent dans les zones rurales. Selon une étude publiée en 2004 dans la Revue africaine des sciences et technologies, "l'effondrement des bâtiments est provoqué à 50 % par les mauvais plans de construction, à 40 % par la mauvaise exécution des travaux et à 10 % par la mauvaise qualité des matériaux". Itodo Ameh Darbi, de l'Association des architectes du Nigeria, estime que ces défauts se sont intensifiés à partir de 1992 avec la signature du Programme d'ajustement structurel. La fermeture des entreprises publiques en faillite et les licenciements ont appauvri les Nigérians tandis que la croissance démographique pesait sur la demande de logements. À Lagos, par exemple, le nombre d'habitants a plus que doublé en quinze ans pour atteindre 17 millions en 2007, faisant bondir le prix des loyers, multipliés par trois. Responsabilités partagées Pointés du doigt, les entrepreneurs de la construction se défendent en rejetant la faute sur leurs clients qui n'ont pas les moyens de leurs ambitions. "Pour construire une villa de trois pièces dans un quartier pauvre, il faut au moins 4 millions de nairas (25 000 €), mais les propriétaires nous demandent de nous débrouiller avec juste la moitié", se plaint ainsi Isaac Okejo. A leur tour, explique Itodo Ameh Darbi, de l'Ordre des architectes, "les entrepreneurs achètent à vil prix des matériaux de construction de mauvaise qualité afin de réaliser quelque bénéfice". Luckman Akin, agent immobilier, dénonce une autre pratique : "Faute d'argent, certains propriétaires de terrains signent des contrats avec des entrepreneurs pour la construction de maisons que ces derniers loueront pendant 10 voire 20 ans avant de les leur rétrocéder. L'entrepreneur se contente donc de construire n'importe comment, juste pour se faire du fric." L'ex-président Olusegun Obasanjo, élu en 2003, avait déjà entrepris de lutter contre ces vices de construction. "Entre 2003 et 2007, 74 000 immeubles et autres maisons d'habitation ont été démolis à Abuja" précise Yaya Yusuf, responsable du Plan et du développement de cette ville. Une loi de 2005 contraint désormais tout propriétaire à adresser au ministère du Plan, un dossier de permis de construire comprenant, entre autres, le reçu de l'achat du terrain et les plans de la future maison. L'administration est censée répondre dans les deux mois puis s'assurer à la fin des travaux que la construction est bien conforme au plan agréé. A Lagos, du fait des lenteurs de l'administration, il a fallu attendre deux ans pour que les autorités envisagent une application stricte de la loi. "La délivrance de l'autorisation prend souvent des années", selon l'architecte Solomon Adeniran. Il déplore qu'il faille parfois verser des pots-de-vin pour l'obtenir plus vite. D'autres entrepreneurs préfèrent s'en passer, échappant du coup à tout contrôle. De leur côté, les autorités, estiment bien faire leur travail. Dans ces entrelacs de responsabilités, on continue donc à bâtir des maisons vouées à la démolition ou pire à s'écrouler sur leurs malheureux habitants. ![]() version imprimable |