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09-05-2008                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Mamadou Bineta

Tchad
Tchad : l'excision cible les moins de 10 ans

(Syfia Tchad) Au Tchad, des parents s'empressent de faire exciser leurs filles, avant que la loi interdisant cette pratique n'entre en application. Ils se rabattent sur les fillettes de moins de 10 ans, car les plus âgées, mieux informées, ne se laissent plus faire aussi facilement.

Quartier Am-riguebé à N'Djamena, la capitale du Tchad. Ce matin, Zenab, 9 ans, et sa sœur Bébé, 7 ans, n'iront pas à l'école. Ainsi en a décidé Khadidja, leur mère. Peu avant 7 heures, Mariam (prénom d'emprunt), le sac en bandoulière, arrive et se dirige vers une chambre dont les ouvertures ont été masquées de rideaux blancs. Mariam est l'une des nombreuses exciseuses clandestines qui exercent encore dans le pays. Pendant l'intervention, nue, assise sur une natte face à l'exciseuse, Bébé ferme les yeux et serre les dents pour contenir sa douleur. A l'entrée, des femmes entonnent une chanson à son nom et égrènent une liste de cadeaux qu'elle aura si elle ne pleure pas. Zenab passe à son tour. Comme sa cadette, elle réussit à étouffer ses pleurs. Chaque mois, Mariam excise ainsi une dizaine de fillettes. De nombreux parents qui, comme Khadidja, défendent les mutilations génitales féminines (MGF) au non de la tradition, s'empressent de faire exciser leurs filles avant que la justice tchadienne ne commence à réprimer auteurs et complices de cette pratique. Une loi adoptée en 2002 interdit en effet la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants, sur le corps humain en général et les organes de reproduction en particulier. Sont donc visées "toutes les formes de violences telles que les mutilations génitales féminines, les mariages précoces, les violences domestiques et les sévices sexuels". Le décret d'application de cette loi, toujours attendu, devrait préciser les sanctions encourues par les contrevenants. Une disposition du préambule de la constitution tchadienne de 1996, révisée en 2005, stipule que la personne humaine est sacrée et que toute personne a le droit de jouir de son intégrité physique et morale.

Décès, stérilité, douleurs atroces

Depuis 2002, le Comité national de lutte contre les pratiques traditionnelles néfastes à la santé de la femme et des enfants a formé de nombreux jeunes (garçons et filles) comme éducateurs. Dans les régions où l'excision est très répandue, ils expliquent aux autres adolescents les conséquences néfastes des MGF et la loi les interdisant. Le Comité organise ainsi des "échanges francs entre excisées et non excisées". "Parce qu'elles sont sensibilisées contre l'excision, les filles de plus de 10 ans refusent de s'y soumettre", soutient la Dr Mariam Alladoumgué Djimounta, présidente du Comité. Les parents partisans de l'excision, qui avaient pris l'habitude d'intervenir au début de la puberté (12-14 ans), sous prétexte de "préparer la fille au mariage", se rabattent sur les moins de 10 ans qui constituent des cibles plus faciles. D'après une enquête de 2004 de l'Unicef, 70 % des Tchadiennes ont ainsi été excisées entre avant 9 ans. "J'ai été excisée et je suis mère de 12 enfants sans avoir connu le moindre problème", plaide Mariam, l'exciseuse, pour qui "les Occidentaux crient contre cette pratique simplement parce qu'elle ne fait pas partie de leur culture". Zara, 22 ans, n'est pas du tout de cet avis. Son excision à elle s'est très mal passée. Elle a failli en mourir. Elle s'en souvient encore avec émotion : "J'ai perdu beaucoup de sang ce jour-là. Ma tante a pris peur, mais elle ne pouvait pas me conduire à l'hôpital de peur qu'on lui crée des problèmes". Selon l'Unicef, les hémorragies et les infections qui suivent ce genre d'interventions peuvent être mortelles. En outre, les femmes excisées risquent d'en subir de graves séquelles : douleurs atroces, incontinence, ulcération des parties génitales, stérilité, accouchement difficile, etc. Certains, parmi les musulmans (plus de 60 % de la population tchadienne), soutiennent, à tort, que l'excision est inscrite dans le Coran. Les femmes musulmanes sont d'ailleurs excisées à 61 % contre 31 % les catholiques. Au sud-est du pays, dans des ethnies où l'excision est une coutume, plus de neuf femmes sur dix subissent cette pratique.

"Mes filles ne seront jamais excisées !"

Toutefois, avec les campagnes de sensibilisation menées depuis plus de 5 ans par des associations, des Tchadiens expriment à présent librement leur opposition aux MGF. A l'instar de Zara qui, faisant allusion à ceux qui invoquent l'islam pour justifier cette pratique qui a failli la tuer, lance : "De grâce, qu'on ne nous raconte plus n'importe quoi ! Mes filles ne seront jamais excisées !" L'information a cependant encore du mal à circuler. Peu de Tchadiens sont assez instruits pour savoir ce que signifie une loi, analyse Rosine Baïwong Amane, coordinatrice de la Cellule de liaison et d'information des associations féminines, avant de conclure : "Nos pratiques coutumières et traditionnelles ont une prédominance sur les lois écrites". Rosine préconise donc que les textes de loi soient traduits en langues locales pour être accessibles à tous. Elle en appelle également à la mobilisation des victimes et de tous ceux qui s'opposent à ces mutilations, "afin d'amener le gouvernement à prendre le décret d'application de la loi contre l'excision".


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