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03-08-2007                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Claude Adrien De Mun

Tchad
Tchad : les rebelles soudanais profitent de l'aide humanitaire

(Syfia Tchad) Dans l'est du Tchad, l'aide humanitaire profite aux rebelles soudanais du Darfour qui utilisent les camps de ce pays comme autant de bases arrière. Ceux-ci y recrutent de jeunes garçons pour aller combattre les rebelles tchadiens ou les milices pro-gouvernementale au Soudan.

Vue d'avion, la ville de Goz Beida, dans l'est du Tchad, est immense. Elle s'étend jusqu'aux plus intimes recoins d'une vaste plaine sablonneuse dans un écrin de collines de roches brunes. A la vieille ville, avec ses rues asymétriques et ses maisons en torchis, s'est ajouté, en 2004, un camp de réfugiés, qui accueille environ 15 000 Soudanais. Le camp est presque aussi grand que la ville elle-même, mais conçu d'une manière bien plus moderne, avec des allées rectilignes, une immense place centrale et des latrines un peu partout. Le reste de la plaine est occupé par des groupes désordonnés de tentes et de cabanes. Là vivent les déplacés tchadiens, qui se chiffrent désormais à plus de 100 000. "Dès qu'on s'éloigne de Goz Beida, on ne voit plus personne. Tout le monde est déplacé", remarque Jean-Bernard Bouvier de l'ONG britannique Mentor. La petite agglomération pauvre qu'était Goz Beida se compose donc désormais de trois cercles aux intérêts bien distincts. Tout d'abord, la vieille ville, ses commerçants, ses éleveurs et ses cultivateurs, qui se partagent depuis toujours de maigres ressources ; puis, le camp de réfugiés voisin, avec des Soudanais qui ont fui la guerre dans l'ouest de leur pays, proche d'une centaine de kilomètres. Ces réfugiés ont pour la plupart des liens ethniques avec les tribus de cette partie du Tchad et entretiennent de forts sentiments anti-arabes du fait de la guerre au Darfour. Enfin, se sont créés depuis un an des camps de déplacés qui accueillent également des personnes touchées par les conflits, devenus régionaux, entre tribus arabes et tribus d'origine africaine. Ces déplacés ont en général fui leurs villages, brûlés par des milices arabes, ou par crainte d'être attaqués par elles ; ils partagent néanmoins de nombreuses coutumes avec les Arabes qu'ils combattent, notamment la brutalité vis-à-vis des femmes et des enfants. Entassés dans des huttes de fortune, ils reprochent aux ONG ne pas leur apporter un soutien aussi massif qu'aux réfugiés dont ils partagent pourtant les ressources en eau, en vivre et en médicaments. Quant aux populations arabes, encore nombreuses l'année dernière dans cette région du Tchad, elles sont presque toutes parties au Soudan voisin.

L'aide et la guerre

Sur ces trois "villes", vidées des populations arabes, règnent les humanitaires, comme autant de dieux païens : de la nourriture, de l'eau, des latrines… Ils sont devenus omnipotents, apportant tous les biens essentiels à cette petite ville dénuée auparavant de la plupart des services de base d'une agglomération moderne. Hormis ces retombées de l'aide humanitaire, une seule chose unit les trois cercles de Goz Beida : la guerre. La nuit, des milices mixtes, composées de Tchadiens et de Soudanais soutenus par N'Djamena, patrouillent pour s'assurer qu'aucun milicien pro-arabe ne s'est infiltré. Toute personne qui non identifiée comme membre d'une ethnie locale, est arrêtée et parfois tabassée. Dans les camps de réfugiés, les recrutements se sont multipliés, comme le reconnaît à demi-mot, le responsable du bureau du Haut commissariat aux réfugiés à Goz Beida, Moussounda Chikinda : "Comme vous le savez, les camps ne sont pas fermés. Les réfugiés circulent librement. Si les uns ou les autres s'enrôlent quelque part, cela n'engage qu'eux. Il est tout à fait possible qu'on ait observé quelques réfugiés dans l'armée tchadienne." "Mais, affirme-t-il, il n'y a pas de bases de recrutement dans les camps." En ville, les habitants sont pourtant convaincus que les camps sont dirigés par les rebelles soudanais, eux-même soutenus par le gouvernement tchadien et que des recrutements y ont lieu régulièrement. Les jeunes garçons n'y échappent pas. Recrutés dès 12-13 ans, on les retrouve aussi bien dans l'armée gouvernementale que dans les milices locales. De fait, le conflit du Darfour et de l'est du Tchad dépasse désormais largement les habituels conflits locaux autour du bétail, des femmes et de la terre.

Une vendetta généralisée

"Les Arabes sont chaque jour plus armés et les non Arabes se sont vus aussi obligés de s'armer pour se défendre. Quand un Arabe est tué quelque part, les Arabes se constituent en milice et attaquent les non Arabes. Qui font la même chose. Cela devient un problème qui dépasse largement les autorités coutumières. On parle de plus de 110 00 déplacés. Les autorités administratives devraient réagir", estime Moussounda Chikinda. La situation dans l'est du Tchad ressemble à une vendetta généralisée : l'armement d'un groupe conduit au surarmement des autres. Pour avoir tenté de s'élever contre la militarisation de la population par les rebelles soudanais et le gouvernement tchadien, l'ancien sultan de la province du Dar Sila, Said Ibrahim Mustapha, a été déposé et a du céder sa place à l'un de ses fils, plus malléable. Sa principale crainte était que, vidée de ses habitants, la province, dont Goz Beida est le centre administratif, sombre dans la famine et que ces déplacés, nourris et logés par la communauté internationale, n'aient plus qu'une seule occupation rentable : prendre les armes et aller combattre pour le compte du gouvernement tchadien ou des rébellions soudanaises. Le sultan reproche aux humanitaires, attachés à leurs actions au jour le jour, de ne pas avoir mesuré ce risque. Les humanitaires sont plus réservés. Pour Jean-Bernard Bouvier, "les déplacés ont envie de rentrer chez eux et ils le feront quand l'armée tchadienne leur garantira la sécurité."


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