|
L'équipe Syfia Info est une association qui regroupe 9 agences de presse indépendantes dont 6 en Afrique (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Madagascar, RD Congo, Sénégal). Les 80 journalistes de l’équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser de l’information destinée aux journaux du Sud et du Nord. L’autre mission de Syfia est la formation pratique de journalistes locaux. |
Tous les articles > Article 4717
par André Linard
Afrique (Syfia Belgique) Le prix du lait s'envole sur le marché mondial. L'offre a diminué, alors que la demande ne cesse de croître. L'Afrique paye plein pot : aujourd'hui, le coût de ses importations augmente et la production locale, longtemps concurrencée par le lait importé, n'est pas encore prête à prendre le relais.
La FAO a confirmé début juin ce qui paraissait encore inimaginable voici un an : "Les prix des produits laitiers atteignent actuellement des niveaux historiques", en hausse de 46 % depuis novembre 2006. Ce qui se traduit déjà sur les marchés locaux en Afrique : au Sénégal, le sac de 25 kg de lait en poudre se vend entre 60 000 et 65 000 Fcfa (près de 100 €), soit une fois et demie le prix du troisième trimestre 2006. Et les importateurs ont du mal à trouver des fournisseurs. La hausse pourrait dès lors se poursuivre, d'autant plus que "les stocks disponibles sur le marché sénégalais sont très en deçà des niveaux habituels (environ 600 tonnes au mois d'avril 2007 contre 3 000 t habituellement)", selon les propos de Mme Maïmouna Diop, chef de la Division de la consommation et de la sécurité des consommateurs, au quotidien Walfadjri. Au Mali aussi, les stocks sont bas : 160 t de lait en poudre début juin (contre quelque 800 t en août 2006), selon le gouvernement. Dans les capitales régionales comme Mopti, Kidal et Tombouctou, l'augmentation du prix va de 50 à 400 Fcfa (de 7 à 60 centimes d'€). Le Maroc, qui produit annuellement 1,4 milliard de litres de lait court un risque de pénurie dès ces mois de juin et juillet, indique Ahmed Ouayach, président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural. Le prix de la tonne de lait en poudre y est déjà passé de 1 900 à plus de 3 000 € en quelques mois. À l'autre bout du continent, à l'île Maurice, à cause de ces fluctuations de prix, les importateurs de lait en poudre commandent en moins grandes quantités et n'ont plus de stocks massifs. Un effet ciseaux Pourtant, depuis douze ans, la production mondiale de lait n'avait cessé d'augmenter, de plus de 20 %. Les principaux producteurs étaient, outre l'Union européenne, l'Inde et la Chine, l'Océanie, le Brésil et l'Argentine, et les États-Unis. Mais ces derniers mois, production et exportations ont baissé, et les prix augmentent. Les analystes, dont la FAO, convergent sur les causes de cette évolution. D'abord, la sécheresse en Australie (qui entraîne une baisse des exportations de la Nouvelle-Zélande), puis la taxe à l'exportation de 2000 $ US par tonne décidée par l'Argentine, la suspension des exportations indiennes pour satisfaire son marché interne, et enfin la diminution des subventions à la production et à l'exportation du lait des pays européens. L'offre des principaux produits laitiers échangés (la poudre de lait et le beurre) a diminué, alors que la demande mondiale, elle, a augmenté de 5 %. Résultat : sur le marché international, la tonne de poudre de lait écrémé européenne se vendait 2 615 dollars il y a un an, mais 4 890 dollars début juin. Les pays importateurs, au premier rang desquels l'Afrique, sont donc frappés de plein fouet. Plusieurs d'entre eux ont pris des mesures, généralement ponctuelles. Le Maroc a supprimé la taxe à l'importation, l'Algérie a décidé de subventionner le lait vendu dans le pays pour que son prix reste accessible, Maurice a demandé un apport spécial à l'Inde et confié la commercialisation à une société d'État… Mais ces mesures ne valent qu'à court terme, alors que la faiblesse de l'offre risque de durer, tout comme la hausse de la demande. Au lendemain de… la Journée mondiale du lait, célébrée le 1er juin dernier, le quotidien malien L'Essor rappelait que "dans les pays en développement, on prévoit une hausse de la demande de 25 % d'ici 2025", principalement en raison de l'urbanisation croissante. Trop bas, trop haut En bonne logique économique, la hausse des prix sur le marché mondial devrait favoriser la production locale. Mais, à court terme, en tout cas, ce n'est pas ce qui se passe. Une campagne lancée par des ONG européennes1 peu avant la hausse des prix relevait que la faiblesse des prix sur le marché mondial contrecarrait les investissements dans des filières locales de collecte, transformation, réfrigération, conservation et commercialisation du lait. Les producteurs, situés en monde du rural sont confrontés à une série de difficultés qui les empêchent de répondre à la demande croissante des habitants des villes. Une de ces difficultés est la faible productivité du cheptel local. Une vache laitière africaine produit, par an, environ 13 fois moins que sa collègue européenne, 16 fois moins qu'au Canada et 19 fois moins qu'une vache états-unienne, où l'élevage est fortement mécanisé, explique l'ONG belge SOS Faim, se basant notamment sur une étude du GRET (Paris)2. Conséquence : "En Afrique de l'Ouest et du Centre, la consommation de produits laitiers est satisfaite à plus de 50 % par les importations, cette proportion atteignant plus de 90 % dans les grandes villes", affirmait SOS Faim en 2006. La hausse actuelle du prix va peut-être changer la donne, si des investissements sont réalisés pour produire en abondance un lait de qualité à un prix acceptable par les consommateurs des villes. Mais cela prendra du temps. En attendant, le continent est doublement pénalisé. Lorsque le prix mondial était bas, il dissuadait d'investir localement dans une filière laitière efficace. Et maintenant qu'il est haut, il renchérit les importations, qui n'ont pas d'alternative dans l'immédiat. 1. Comité français pour la solidarité internationale, SOS Faim Belgique, SOS Faim Luxembourg 2. Pour un commerce équitable des produits laitiers, 2006 : http://www.cfsi.asso.fr/upload/Etude%20Gret.pdf étude sur la filière au Mali : http://www.sosfaim.org/pdf/fr/campagne/etude_mali.pdf étude sur la filière au Cameroun : http://www.sosfaim.org/pdf/fr/etudelaitcameroun.pdf ![]() version imprimable |