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01-12-2006                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Rania Tianamalala

Madagascar
Madagascar : les prostituées mineures, illégales et vulnérables

(Syfia Madagascar) La ville touristique d'Antsirabe, à 160 km au sud d'Antananarivo, est considérée comme une ville rouge en matière de sida. Les jeunes mineures y bravent la loi en se prostituant. Généralement exclues des campagnes de sensibilisation et de dépistage, elles sont en grand danger.

"J'ai peur de parler de mon travail, car la police nous mène la vie dure", esquive cette jeune fille d'une quinzaine d'années, qui se prostitue à Antsirabe, à 160 km au sud de la capitale, Antananarivo. A Madagascar, le Code pénal de 1960 considère la prostitution des mineures comme un délit mais tolère celle des personnes de plus de 18 ans. Ces dernières détiennent même une carte professionnelle et sont suivies médicalement. "C'est un choix de vie, pourquoi cela choque-t-il tant ? Même mes parents n'y trouvent rien à redire !", s'emporte Nathalie, prostituée clandestine de 15 ans. Mirana, 14 ans, est du même avis. Elle ne pratique ce "métier" que dans le but de trouver un Blanc : "Je veux suivre la trace de ma grande sœur qui est à La Réunion maintenant." Selon l'Association des femmes en détresse (AFD), qui prend en charge des filles et des femmes en difficulté, Antsirabe compterait une soixantaine de prostituées mineures. Des collégiennes qui veulent se faire un peu d'argent de poche pour acheter des "fringues", mais aussi des enfants issus de familles en difficulté. "À 14 ans, des filles tombent enceintes et, par manque de qualification professionnelle, sont obligées de pratiquer ce métier. D'autres le font ponctuellement pour survivre", explique le chargé de communication de l'association Sisal qui assure le suivi psychosocial des malades de sida et la sensibilisation des travailleurs du sexe à Antananarivo.

Obstacles et incitations

Dans toutes les villes à risque du pays, les brigades des mœurs font des descentes inopinées dans les boîtes de nuit et sur les trottoirs. Au cours du mois d'octobre, à Antsirabe, la police des mœurs, accompagnée d'agents du Bureau municipal d'hygiène et de la présidente de l'AFD, ont ainsi appréhendé neuf jeunes filles – dont trois mineures – qui n'étaient pas en règle. Toutes ont dû passer une nuit au commissariat, puis ont assisté à une séance de sensibilisation en matière d'IST (Infections sexuellement transmissibles) avant d'être relâchées. Ces mineures, qui pratiquent la prostitution dans l'illégalité, rencontrent au quotidien bon nombre d'obstacles. Le soir venu, elles doivent rester à l'extérieur des salles de jeux et des boîtes de nuit où on exige parfois la carte nationale d'identité pour entrer. Il en faudrait plus pour les décourager compte tenu des gains… À l'image de Mirana, qui raconte qu'elle peut gagner jusqu'à 30 000 Ariary (11 €) par nuit. Une fortune, comparée au salaire minimal mensuel qui est de 50 000 Ariary (18 €). Ce sont les clients qui, en demandant des filles de plus en plus jeunes, encouragent les mineures à poursuivre leur activité. Depuis 2003, le ministère du Tourisme, en partenariat avec les hôteliers, mène une campagne contre le tourisme sexuel. L'interdiction des boîtes de nuit aux mineurs fait partie des mesures prises, de même que le durcissement de la loi contre la pédophilie adoptée en 2000.

Exclues parmi les exclues

Malgré ces efforts, en 2005, un rapport de l'Ambassade américaine relevait l'existence d'un trafic de jeunes filles de 13 à 18 ans, embauchées comme serveuses dans les sites balnéaires avant d'être finalement enrôlées de force dans la prostitution. Le rapport citait le port de Tamatave (Est) et l'île de Nosy-be (Nord-Ouest) et parlait d'un réseau de trafiquants dans la capitale. L'Association des femmes journalistes (AFJM), qui a enquêté dans plusieurs villes, constate que les professionnelles majeures doivent même à présent baisser leurs tarifs à cause de la concurrence des plus jeunes. À Antsirabe, les prostituées légales ont d'ailleurs décidé de créer une association (Fi.ve.mia) pour aider ses membres à apprendre des petits métiers en complément de leur prestation journalière. Cette ONG propose aussi des dépistages gratuits et délivre la carte professionnelle à ses membres. À Antsirabe, les mineures, exclues parmi les exclues, ne sont généralement pas admises comme membres des associations spécialisées. Mais dans la capitale et à Tuléar (Sud), l'association Sisal aide indifféremment majeures et mineures. "Nous faisons une descente bi-hebdomadaire dans les quartiers difficiles où des filles pratiquent illégalement pour les sensibiliser. Même si nous constatons leur jeune âge, nous n'y faisons aucune allusion, car notre rôle est d'aider tout le monde sans exclusion et surtout les plus jeunes qui sont les plus vulnérables", explique le Dr Gérard Razafindraibe. À Madagascar, la prostitution des mineures existe dans quasiment toutes les villes du pays. Jusqu'à présent, l'isolement géographique et la politique volontariste du gouvernement ont permis de maintenir un faible taux de prévalence du VIH (autour de 1 %), mais l'important essor économique qu'a connu récemment l'île, le développement du tourisme sexuel et de la prostitution poussent à rester vigilants. Le taux de prévalence grimpe en effet à 13 % parmi les prostituées qui ont accepté d'être dépistées.


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