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31-03-2006                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Nouri Zyad

Maroc
Maroc : l'angoisse de mourir en donnant la vie

(Syfia Maroc) Au Maroc, une femme meurt toutes les six heures lors d'un accouchement. L'absence de structures d'accueil adéquates et de personnel compétent en milieu rural, due au manque général d'investissements dans la santé, est à l'origine de ces drames.

À Izerki, sur le versant sud du haut Atlas, Aicha est soucieuse. Sa grossesse n'en est encore qu'à ses débuts, mais les conditions de son accouchement la hantent déjà. Ici, à 460 km au sud-est de Rabat, la capitale marocaine, le dispensaire le plus proche se trouve à huit kilomètres de piste impraticable. Lors de sa grossesse précédente, il y a quatre ans, Aïcha, 37 ans, a attendu l'ambulance durant trois heures. Trop long : entre-temps, Aïcha avait accouché chez elle, sans dégâts fort heureusement. Aicha n'est pas la seule femme d'Izerki à accoucher à la maison sans aide médicale. Le village souffre d'un manque criant d'équipements obstétriques. Le personnel qualifié fait également défaut. Seule une jeune accoucheuse s'occupe des femmes en couches sans qu'elle puisse réagir en cas de complications. Dans toute la province d'Ouarzazate, dont le village d'Aïcha fait partie, 12 centres sanitaires sur 62 bénéficient de cellules d'accouchement, ce qui explique que 35 % seulement des naissances sont prises en charge dans la province.

Le Maroc à la traîne

Dans le nord de l'Afrique, le Maroc fait figure de mauvais élève en matière de santé. Selon un livre blanc publié en ce début 2006 par l'Association des gynécologues privés, la mortalité maternelle est de 227 décès sur 100 000 accouchements au Maroc, contre 70 en Tunisie. "Il n'y a pas de secret. Si le Maroc et la Tunisie comptent environ le même nombre de médecins, la population tunisienne est trois fois moindre", explique Rachid, un jeune gynécologue de la ville de Zagora, proche de Ouarzazate, victime elle aussi du sous-équipement. Et d'ajouter qu'"au moment où les dépenses de santé représentent 8,1% du budget de l'État tunisien, chez nous, on n'enregistre que 5 % en 2006". Mohammed, jeune gynécologue exerçant à Ouarzazate, fait le même constat, estimant que l'État s'est désengagé de ses responsabilités en la matière : "On se repose sur le privé pour pallier ce manque. Mais le secteur privé est concentré dans les grandes villes, là où il a sa clientèle." Pour Mostapha Chennaoui, médecin et membre dirigeant du syndicat national de la Santé, les causes sont purement politiques : "Les faibles investissements dans le secteur de la santé sont dus à des choix politiques de la part des décideurs, qui ont longtemps marginalisé le volet social, au profit de certains équilibres macro-économiques." Le Dr Chennaoui, qui pratique dans le secteur public à Casablanca, poursuit : "Depuis 1958, date de la première et dernière conférence nationale sur la santé, le pays vit au rythme du bricolage, sinon de l'absurde."

Investissement humain

Les accouchements non pris en charge par des centres de santé sont traditionnellement pratiqués par des femmes dotées d'une certaine expérience, mais qui n'ont reçu aucune formation théorique ou pratique, même élémentaire, ce qui accroît les risques. "Le discours plutôt avancé que l'on entend sur la santé périnatale ne colle pas du tout à la réalité. Le pays ne compte que quelque 500 sages-femmes formées dont seulement 65 en milieu rural", déplore Fatna, médecin-chef d'un centre sanitaire de Ouarzazate. Un chiffre à revoir à la baisse depuis le départ de certaines d'entre elles vers des cieux plus rémunérateurs, en Europe et au Canada. Lorsque les infrastructures de santé et de transport sont rares et coûteuses, il faut investir dans les personnes. De manière large, comme le demande Hamid Majdi, membre de l'Association des droits humains, pour qui l'analphabétisme, le faible pouvoir d'achat sont autant de facteurs qui handicapent tout progrès en santé périnatale. Et aussi de façon plus pointue, en formant des sages-femmes. Le docteur Chennaoui précise : "Seule une volonté politique axée sur la formation des ressources humaines et reposant sur une charte nationale pour la santé, fruit de toutes les composantes du secteur, permettrait d'éviter un drame social." L'année dernière, les habitants de la ville de Tata (sud-ouest) se sont mobilisés en vain durant plusieurs mois pour obtenir la gratuité des consultations et des soins médicaux. Mais c'est dans l'ensemble des régions rurales que le problème se pose.


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