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par Marie Agnès Leplaideur
Afrique (Syfia France) Restée encore timide malgré trente ans d'existence, l'intégration régionale en Afrique est plus que jamais nécessaire, non seulement pour favoriser la libre circulation des hommes et des marchandises, mais aussi pour donner plus de poids aux États africains lors des négociations internationales.
En 2028 la Communauté économique africaine devrait être une réalité. Le continent devrait être doté d'une monnaie unique, d'une seule Banque centrale, d'un Parlement panafricain. À l'image de l'Union européenne, l'intégration politique, sociale et culturelle devrait être entrée dans les faits. C'est du moins ce qui a été prévu en 1991 par le traité d'Abuja. Les premières étapes de cette construction consistent à renforcer les communautés économiques régionales existantes. Pourtant bien que les premières expériences d'intégration régionale remontent souvent à plus de trente ans, elles n'ont pour l'instant guère favorisé la croissance économique ni même le commerce. Selon la Commission économique africaine, le pourcentage du commerce intrarégional sur l'ensemble des échanges est de 9 % en Afrique occidentale et seulement de 4 % en Afrique centrale. Il est de 12 % dans l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine) qui réalise avec la COMESA (le Marché commun de l'Afrique de l'Est et Australe) les meilleures performances du continent. Dans la CEMAC (Communauté économique d'Afrique centrale) et dans la COI (Commission de l'Océan Indien), les échanges ont même diminué durant ces dix dernières années. Même si les chiffres officiels ne recouvrent pas toutes les transactions entre les pays dont une bonne partie est informelle. Manque de volonté politique La multiplication des tracasseries sur les axes de communication, le mauvais état des routes ou leur inexistence particulièrement en Afrique centrale expliquent en partie ces mauvais résultats. Bien souvent, les avancées vers le libre-échange sont entravées par le manque de volonté politique. De nombreux États rechignent à supprimer barrières douanières et visas qui fournissent une part importante des ressources des budgets nationaux ou ne mettent pas en vigueur les accords signés. Ainsi, seules la Cedeao et la Sadc (Communauté pour le développement de l'Afrique Australe) ont instauré un passeport communautaire qui facilite les déplacements des ressortissants des États membres. L'amélioration des infrastructures apparaît comme un préalable à l'amélioration de la circulation des hommes et des marchandises. Selon le rapport économique sur l'Afrique de 2004, le continent ne compte que 6,84 km de route pour 100 km2 du réseau routier contre 18 km par exemple pour l'Asie. Dans la CEMAC, plusieurs routes sont en construction pour faciliter les échanges entre le Tchad, la Centrafrique, le Cameroun, le Gabon et la Guinée Équatorial. En Afrique de l'Est, le projet de corridor routier Mombasa-Nairobi-Addis Abeba va bientôt démarrer. La connexion des réseaux téléphoniques pour faciliter les communications entre les pays est aussi en cours dans plusieurs communautés. 14 regroupements régionaux La multiplicité des regroupements régionaux constitue aussi un obstacle à des intégrations efficaces. En Afrique, il existe ainsi 14 regroupements régionaux. La moitié des pays africains appartiennent en même temps à deux groupements et 20 pays à trois. Seuls six pays ne sont membres que d'une seule communauté. Ces différentes entités, dont certaines se font concurrence et en tout cas double emploi, disposent du coup de moyens financiers et humains trop limités pour pouvoir agir efficacement. D'autant que les États membres ne versent pas toujours leurs cotisations. Le renforcement des intégrations régionales apparaît aussi de plus en plus comme une nécessité pour permettre aux pays africains de négocier avec les autres entités régionales européennes ou américaines. Ainsi l'Union européenne aide-t-elle à l'organisation technique et administrative de ces communautés. L'Accord de Cotonou prévoit en effet la mise en place, à partir de 2008, d'accords de partenariat économique (APE) entre l'Europe et les pays ACP regroupés au sein de blocs régionaux. Les négociations ne se feront donc plus avec les États, mais avec les communautés. Celles-ci doivent donc être plus fortes et dotées de pouvoirs plus étendus pour pouvoir négocier au nom des pays avec l'U.E. La co-existence de multiples entités complique actuellement le processus et la recherche de positions communes. Des rapprochements sont ainsi en cours, par exemple entre la CEDEAO et l'UEMOA, le COMESA et la SADC. De premiers pas vers des entités plus larges. Il reste encore 23 ans pour arriver au marché commun africain… ![]() version imprimable |