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par Godefroid Bwiti Lumisa, Franck Baku
RD Congo (Syfia RD Congo) Avec une croissance enfin positive en 2002, l'économie de la République démocratique du Congo va mieux. Mais pas encore les Congolais qui demandent à voir.
Les indicateurs économiques de la Rd Congo pour 2002 sont plutôt encourageants. Le taux de croissance du PIB a atteint + 3 % contre - 4,3% en 2001. L'inflation s'est maintenue à 15 % contre 135 % en 2001 et 511 % en 2000 ! Le franc congolais se porte mieux avec une dépréciation de « seulement » 18,6 % par rapport au dollar contre 84 % en 2001 ! « Cela n'a jamais été observé durant les dix dernières années », se félicite le gouvernement. Depuis dix ans, le taux de croissance de l'ex-Zaïre a été systématiquement négatif. Ces chiffres ne concernent toutefois que la moitié du pays administrée par Kinshasa, l'autre étant sous contrôle de différents mouvements rebelles. Le programme économique intérimaire du gouvernement avait reçu dès mars 2002 le satisfecit des bailleurs de fonds internationaux… « Ce programme nous a permis de quintupler les recettes de l'Etat et de limiter l'expansion monétaire, entraînant la stabilité relative du franc congolais et celle des prix », précise le gouverneur de la Banque centrale, Jean-Claude Masangu, qui se réjouit de la reprise, en 2002, de la coopération internationale, interrompue en 1990 sous Mobutu. Le programme économique sur trois ans (avril 2002 à juin 2005) est appuyé par les principaux bailleurs dont l'Union européenne. Le Fmi a déboursé 750 millions de dollars (ou euros) dans le cadre de son programme « lutte contre la pauvreté », la Banque mondiale 950 millions de dollars. Ces fonds ont servi notamment à rembourser une partie de la dette extérieure du pays, évaluée à 14 milliards de dollars. La Rdc a aussi obtenu, en septembre 2002, l'annulation de 4,6 milliards de dollars de sa dette vis-à-vis du Club de Paris (9 milliards). La perspective de l'entrée de la Rdc dans l'initiative Ppte (Pays pauvres très endettés) en 2003 permettra d'annuler jusqu'à 90 % de sa dette extérieure. Le salaire du "bon" élève Ces résultats flatteurs pour les actuels gouvernants sont pourtant loin de convaincre le petit peuple congolais, qui continue à vivre de la débrouille quotidienne. Selon un récent sondage effectué à Kinshasa par l'institut congolais Facilitas Consulting, 50 % des Kinois jugent « mauvaise » l'action économique du gouvernement contre 25 % qui la trouvent « bonne ». « On se croirait à l'époque de l'ancien Premier ministre Kengo (ndlr : Premier ministre sous Mobutu de 1994 à 1997) où des années durant le Zaïre était affublé du qualificatif de ‘bon élève' du Fmi, sans que les populations ne soient prospères », s'indigne Philomène Ngota, une fonctionnaire. Avec son maigre salaire, payé toutefois assez régulièrement ces derniers mois, elle ne croit pas plus que la plupart de ses collègues à la croissance économique. « Peut-on parler de performance quand un huissier touche 5200 francs congolais (12 dollars), et que sur le marché un sac de riz de 50 kg coûte 20 dollars ? », se demande-t-elle. Selon le rapport sur le développement humain de 2002, la Rdc, malgré ses richesses en particulier minières, se classait 155e sur 173 pays. Dans les milieux syndicaux, on préfère parler de « simples indicateurs macro-économiques, sans incidence sur la vie des populations ». Le ministre congolais des Finances et du Budget, Matungulu Mbuyamba, très critiqué pour son bilan, a finalement rendu son tablier mais les bailleurs de fonds qui soutenaient ses efforts ont demandé au gouvernement de poursuivre l'orientation de sa politique économique. Son budget 2003, jugé trop maigre pour « répondre aux attentes sociales des populations » (près d'un milliard de dollars), a été rejeté par le Parlement. Avant sa démission, le ministre avait pourtant estimé qu'un effort avait été fait pour améliorer le pouvoir d'achat de la population. « Hier, s'était-il défendu, on achetait le matin un poisson à un prix et le soir le même prix triplait. Nous avons mis un terme à cela. » Réponse du président de l'Intersyndicale de l'Administration publique Célestin Mayala : « Nous réclamons des salaires plus décents et l'application du Smig de 260 dollars négocié en juillet 2002 qui avait fait naître beaucoup d'espoir ». Entrepreneurs prudents Selon le gouvernement, la croissance économique en 2002 tient surtout à l'augmentation des exportations de diamants, de cuivre, de bois en grumes et à l'explosion du secteur de la téléphonie mobile, suscitant l'arrivée de nouveaux investisseurs, en particulier sud-africains. Certains entrepreneurs restent cependant prudents quant aux causes réelles de cette embellie. « Dans le secteur forestier, à cause de la guerre, un lot important de bois de grumes était bloqué dans la province nord de l'Equateur contrôlée par le Mlc de Jean-Pierre Bemba, tempère Florentin Kage Mwanzita, vice-président de la Fédération des entreprises du Congo et patron de Parcafrique, une entreprise d'exploitation forestière. La réouverture du trafic sur le fleuve Congo après l'Accord de Sun City a permis l'évacuation de ce bois, ce qui peut justifier la croissance des exportations. Mais la production n'a pas repris. » Selon cet entrepreneur, pour que la population ressente vraiment les effets de la croissance, il faudrait une croissance supérieure à 10 % par rapport à une année de progrès. Lassés par des années de guerre et d'interminables négociations politiques, les Congolais se sont repliés sur eux-mêmes dans une vie de misère qui leur semble sans issue. Travailler chaque jour pour un modique salaire, circuler sur des routes qui donnent l'air d'avoir été bombardées la nuit et peiner pour trouver un taxi ou un bus... Tout cela ne les incite guère à l'optimisme. ![]() version imprimable |