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21-01-2003                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Charles Nforgang

Cameroun
Cameroun : les intégristes musulmans font des adeptes

(Syfia Cameroun) Le wahhabisme, un courant islamiste fondamentaliste venu d'Arabie saoudite, fait de plus en plus d'adeptes au Cameroun. La cohabitation avec les autres musulmans modérés n'est pas facile.

Al-Ramah, l'une des plus belles mosquées de Douala (à l'ouest du Cameroun) est un superbe bâtiment à deux niveaux. L'étage supérieur est réservé aux femmes afin que les regards des hommes ne les croisent point. N'entrent ici que les musulmans du mouvement wahhabite, une tendance islamiste politique et religieuse qui prône un islam puritain importé d'Arabie saoudite. Le vendredi, pour la prière, la cour de la mosquée est trop petite pour contenir la foule des jeunes musulmans qui envahissent les deux rues avoisinantes. En 10 ans, cette tendance a opéré une percée au Cameroun, un pays dont 22 % de la population est musulmane, surtout au Nord et à l'Ouest. « Le wahhabisme a été introduit chez nous par de jeunes musulmans qui sont allés étudier dans les écoles coraniques en Arabie saoudite. Une fois de retour, ils contestent notre manière de pratiquer l'islam », regrette Malam Ouba, un imam de Douala. Grâce aux financements saoudiens, de nombreuses mosquées ont été érigées dans le pays. A Douala, par exemple, dans le quartier populaire de New bell, deux grandes mosquées et deux salles de prière ont été construites sur une surface de moins d'un kilomètre carré. L'une est un lieu de perfectionnement religieux, les autres servent au recrutement des fidèles et des jeunes. Les imams wahhabites de Douala sont tous des hommes de moins de 40 ans de nationalité sénégalaise, malienne ou guinéenne.

Une pratique intransigeante

Dans ces mosquées, le muezzin ainsi que la plupart des fidèles portent le turban et de longues barbes pointues. Pendant le prêche, toutes les mains sont croisées sur la poitrine. Tout fidèle qui, comme le font souvent les musulmans modérés, laisse les bras le long du corps, est traité de « Satan » et chassé de la mosquée. Les Wahhabites reprochent aux Tidjanites, ceux qui se réclament de la confrérie Tidjaniyya (ndlr : originaire du Maghreb, elle représente environ 80 % des musulmans du Cameroun, plutôt modérés), d'avoir « occidentalisé » l'islam. Notamment en accordant trop de libertés aux femmes à qui ils laissent le choix de porter ou non le voile. Les Wahhabites interdisent à leurs adeptes de décaler dans le temps certaines des cinq prières quotidiennes en cas d'empêchement à l'heure prévue. Pour eux, tout musulman qui ne respecte pas les principes religieux à la lettre doit être sanctionné. Les Tidjanites estiment, eux, que seul Allah est en droit de punir les manquements des croyants. Pourquoi de telles divergences dans l'interprétation du Coran ? Interrogés, les Wahhabites refusent de répondre. « Nous devons plutôt prier, toujours prier et demander à Allah de pardonner nos péchés au lieu de parler à des journalistes », lâche seulement le Malien Oumar Diko, imam de la mosquée Al-Ramah à Douala.

Affrontements

Cette intransigeance a été à l'origine de fréquentes altercations entre les fidèles des deux tendances lorsqu'ils partageaient encore à Douala les mêmes mosquées il y a une dizaine d'années. A Foumban, en pays bamoun, à l'ouest du Cameroun, la volonté du roi, le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, d'organiser la cohabitation des deux confréries dans un même lieu de culte a été un cuisant échec. Depuis trois ans, Wahhabites et Tidjanites de cette localité se sont plusieurs fois affrontés violemment pour le contrôle de la mosquée. Des fidèles ont été gravement blessés à coups de poignard. En décembre 2001, à Foumban, la grande prière de la fin du ramadan s'était terminée par une bagarre entre les deux tendances. Khalid Attawil, un Wahhabite de nationalité saoudienne participait à cette prière aux côtés du sultan, accusé par les Tidjanites d'être favorable aux intégristes. Malam Abou, imam à Douala, tente une explication : « Le conflit entre Wahhabites et Tidjanites est un problème de positionnement. Les intégristes nouvellement arrivés veulent maintenant prendre le devant de la scène afin de bénéficier de plus en plus des dons de l'Arabie saoudite ».


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