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23-12-2002                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Fernand Dansi Nouwligbèto

Bénin
La femme qui habille le monde en sacs plastiques

(Syfia Bénin) Le projet de Grâce Dotou a emballé le Pnud qui lui a décerné un prix. Responsable d'une Ong d'assainissement de l'environnement, cette Béninoise et son équipe de femmes recyclent les sachets plastiques usagés et les tricotent pour en faire… des vêtements...

Cette photo, Grâce Dotou se plaît à la montrer aux clients et visiteurs de son centre de recyclage de sachets plastiques, installé à Porto-Novo, la capitale béninoise. Sans vanité mais émue, elle commente en pointant son doigt sur l'image : « Ici, je suis encadrée par MM Mark Malloch Brown, l'administrateur du Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) et Koffi Anan, le Secrétaire général de l'Onu. Vous voyez mon foulard, mon corsage et ma jupe ? Eh bien, c'est entièrement fait de sachets plastiques recyclés et tricotés par moi-même ! ». La photo immortalise un moment inoubliable pour la présidente de l'Ong béninoise « Qui dit mieux ? » : la cérémonie de remises des prix de l'Onu pour l'élimination de la pauvreté. C'était le 30 octobre 2002, au siège de l'Onu à New York. Grâce Dotou, toute de vert et de noir vêtue, était la seule femme parmi les cinq lauréats représentant les cinq continents. Son initiative de collecte et de tricotage de sachets plastiques usagés a séduit le jury onusien. Depuis 1997, son centre de recyclage résonne des bruits de ses collaboratrices - une vingtaine dont dix permanentes - affairées à rassembler les sachets collectés, à les laver, les désinfecter, les découper en lanières, puis les tricoter avec des crochets. De leurs mains sortent des tissus, des habits, des chapeaux, des ceintures, des sacs, des jouets, des porte-clefs… La vente de ces articles assure à chaque femme un revenu mensuel moyen estimé à environ 86 dollars US (environ 86 euros). Singulier parcours que celui de cette charmante sexagénaire, mère de huit enfants, institutrice à la retraite et comédienne assez connue du public béninois ! En 1980, elle crée avec ses camarades la troupe de théâtre « Qui dit mieux ? ». L'objectif, original, est déjà de « faire de son art un instrument de développement » commente Pascal Zantou, journaliste culturel. « Je crois en ce que je fais, martèle-t-elle, le poing droit fermé, la voix soudain basse. Nous n'avons pas le droit de vivre en complicité avec la pauvreté car Dieu nous a créés riches ».

Un trésor dans les poubelles

Pendant près de vingt ans, elle et sa troupe sillonnent tout le Bénin, avec des spectacles sur la scolarisation des filles, les dangers de la polygamie ou de la déforestation… Retraitée en 1994, elle constate avec ses camarades que le théâtre seul ne peut provoquer les changements tant souhaités pour leurs compatriotes. Les comédiennes abandonnent les planches pour les… arbres. Elles en plantent et entretiennent 500 dans le village de Sêdjê (5 km de Porto-Novo), un chiffre multiplié par dix en 2002. La mort de son chien qui avait ingurgité un morceau de sac plastique marque le début de sa croisade contre ces emballages très utilisés au Bénin comme dans toute l'Afrique et négligemment jetés dans les rues et sur les tas d'ordures. C'est en voyant un de ces sacs en lambeaux que le déclic se fait dans la tête de cette femme ingénieuse. Elle pense fil puis tricotage. « J'ai découvert un trésor dans la poubelle et je voudrais le partager avec le monde entier », annonce-t-elle triomphalement. La tricoteuse de plastique est bientôt rejointe par ses camarades. Ensemble, elles vont dans les villages et les prisons initier d'autres personnes à la nouvelle technique de recyclage. Cette ancienne responsable syndicale et militante politique a aussi l'art de gérer la ressource humaine. Même si sa carrure en impose, elle représente aux yeux de ses associées une figure maternelle et tendre, qui sait aussi se durcir quand il faut mettre le holà. Ses collaboratrices ne manquent pas de souligner son dynamisme et son humilité. « Elle demande toujours l'avis de tout le monde, témoigne Alice Allagbé, tricoteuse. J'ai l'âge de sa fille, mais elle me considère comme une collègue. Le travail est plus facile comme cela ! »


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