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par Ky Soklim
Cambodge (Syfia Cambodge) Pendant des années, ces deux jeunes Cambodgiens de 19 ans ont vécu en fouillant les ordures. Aujourd'hui en fin de formation, ils sont sur le point de devenir interprètes.
Deux histoires de vie qui ont mal commencé… Elle : Teav Vantha. Lui : Nay Syneth. Ces deux jeunes Cambodgiens de 19 ans, n'avaient connu jusqu'à présent que l'enfer de la décharge de Stoeung Meanchey, à la périphérie de la capitale. Des heures à fouiller les ordures pour en extraire plastique, verre et canettes revendus au kilo. Chaque jour, les bennes de la municipalité y déversent 500 t d'ordures sous lesquelles il est arrivé que des enfants soient ensevelis. Le Cambodge est l'un des pays les plus pauvres du monde. La famine y pousse même de très petits enfants à travailler pour survivre seuls ou épauler leur foyer. Mendiants, cireurs de chaussures, chiffonniers, ouvriers dans les briqueteries ou dans les marais-salants. Selon la directrice de l'organisation Friend, à Phnom Penh, il y a parmi eux des orphelins, des enfants qui vivent dans la rue avec leur famille, d'autres qui travaillent dans les rues. Elle estime qu'en 2003, les orphelins du sida seront 140 000 dans le pays.Selon une enquête réalisée en 2001 par le ministère des Affaires sociales dans les quatre provinces, près de 2000 enfants des rues vivent sans aucun encadrement. Dans l'ensemble du pays, 70 organisations locales et internationales travaillent à la réhabilitation de près de 2400 enfants. Pour un sourire d'enfant Teav Vantha et Ney Syneth croisent un jour le chemin de l'Ong Pour un sourire d'enfant, dont les locaux sont installés tout près des chiffonniers pour mieux leur venir en aide et offrir aux jeunes une éducation. Les deux jeunes gens suivent ensuite une formation professionnelle de secrétariat. Avant même d'obtenir leur diplôme, ils ont décroché des contrats d'interprètes à la province de Siem Reap pour le Projet d'appui au secteur de la soie, financé par l'Agence française de développement. Sur les dix élèves de la promotion qui va sortir en septembre, quatre ont déjà une place assurée." Je ne parviens pas à y croire. Mon rêve de mener une existence normale, avec un véritable métier et un salaire plus que décent, se réalise. Pour la première fois, je vais gagner ma vie, ne plus survivre, et surtout aider les miens ", se réjouit Vantha. Battante, elle n'a jamais baissé les bras, passant d'un petit métier à autre, sans jamais abandonner l'espoir de s'en sortir. Si des jours meilleurs s'annoncent, elle n'oublie pas pour autant ces dernières années passées sur les montagnes d'ordures. " En une demi-journée, je tirais de ce que je ramassais à la décharge un peu plus de mille riels (1 euro = 3900 riels). Souvent, comme les autres, je me blessais les pieds et les mains, avec des morceaux de verre ou des seringues. A la saison des pluies, les choses empiraient. Et puis il y avait les mauvaises surprises, comme la découverte de cadavres de bébés abandonnés là pendant la nuit ". Chassée de l'école pour son odeur Comment oublier aussi ce jour où on l'a chassée de l'école publique car elle sentait trop mauvais ? " A force de nager dans les déchets, les odeurs avaient imprégné ma peau. C'était insupportable " A côté d'elle, Nay Syneth égrène d'autres souvenirs tout aussi pénibles. " Les chiffonniers sont perçus comme des voleurs. Plus d'une fois on m'a injustement accusé d'être un vaurien, me frappant la tête avec une chaussure. Mais je ne veux plus parler de toute cette tristesse. Aujourd'hui, je veux saisir la chance qui m'est offerte et regarder vers l'avenir. "Philippe Gautier, un responsable de la formation de l'Ong, se dit optimiste quant aux chances d'embauche des six autres élèves de la promotion : " Je crois qu'en fin de cursus tous ont le potentiel pour décrocher un bon emploi ". Il estime que la formation dont ont bénéficié ces jeunes défavorisés répond bien à l'attente des entreprises. Soigner et alphabétiser ces jeunes gens de l'ombre ne sont pas les seuls objectifs de l'Ong qui veut aller plus loin en les intégrant dans la société et sur le marché du travail. ![]() version imprimable |