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par Emmanuel Adjovi
Bénin (Syfia Bénin) Les jeunes du Sud Bénin ne veulent plus travailler dans les plantations. Ils préfèrent devenir Zemidjan, taxi-moto. Cela rapporte plus. Depuis deux ans, les exploitations agricoles de la région souffrent cruellement du manque de main-d'œuvre.
Une forêt de tignasses blanches ou grises. Ce sont là les ouvriers d'une grande plantation d'ananas d'Agbondjèdo, (45 km au nord de Cotonou). En cette matinée de mai, ils répondent " présent " à l'appel du chef d'exploitation de Fruitex Industries, James Tankpinou. " La moyenne d'âge de mes manœuvres se situe à 55 ans, se désole celui-ci. Les jeunes d'aujourd'hui, vivant dans les campagnes comme la nôtre, ne veulent plus s'adonner à la terre. Il y a un problème de main-d'œuvre qui se pose avec acuité dans cette zone. "Le sud-Bénin souffre, depuis deux ans, d'un manque de personnel de plus en plus grave. Certains chefs d'exploitation ont déjà été obligés d'embaucher des femmes. D'autres, comme ceux qui gèrent les périmètres maraîchers de Grand-Popo, au sud-ouest, font appel à de jeunes Togolais. Ceux qui ne trouvent pas de solution laissent les hautes herbes envahir leurs champs. Le mal est général, témoigne Dansou Ylonfoun, formateur à l'Union des producteurs du Sud-Bénin (Ups). Il touche " toutes les exploitations, grandes comme petites, les palmeraies comme dans les vergers, poursuit-il. Tout le monde en souffre. C'est crucial. Un peu partout, les responsables de ces exploitations nous disent 'aidez-moi à trouver de la main-d'œuvre !' " La production agricole s'en ressent mais aucune statistique officielle n'est encore disponible pour chiffrer la perte occasionnée par l'abandon des champs et des villages par les bras valides. Les jeunes gens fuient les plantations pour aller conduire des taxi-motos ou apprendre des métiers comme la mécanique, la soudure, la maçonnerie, la menuiserie… " Ces activités sont plus rentables que le travail de manœuvre agricole ", explique Raymond Kpohouénon, Zemidjan (ndlr : conducteur de taxi-moto - littéralement " Prends-moi vite " en fon) à Allada (50 km au nord de Cotonou). " L'ouvrier agricole gagne à peine 1000 F cfa (1, 52 euro) par jour; 1500 F au plus pour les ouvriers vraiment qualifiés. Or, avec un taxi-moto, les gens arrivent à gagner plus de 2000 F par jour et ils sont propres. Ils ont en plus la possibilité d'acquérir une moto s'ils s'entendent bien avec leurs employeurs ", précise Dansou Ylonfoun, de l'Ups. Exploitants exploiteurs ? Les jeunes mettent également en cause l'honnêteté de certains exploitants pour justifier leurs réticences à devenir manœuvres. C'est le cas de Metonou Cyprien, conducteur de taxi-moto à Zè, à 40 km au nord de Cotonou, qui accuse : " Parfois, nous travaillons pour certains patrons d'exploitation qui ne payent pas. Or, c'est pour avoir le pain quotidien que nous nous battons... Avec le taxi-moto, quand tu remorques un usager, tu es payé immédiatement. Tu as ainsi de quoi assurer le pain de ta famille ".Marcelline Badou de la ferme de l'Assodiv à Tangbo-Djèvié, à 40 km de Cotonou, estime, elle, que la désaffection des jeunes villageois est lié à l'attrait de la ville : " Ils ne veulent plus travailler parce qu'ils ont découvert que ceux qui viennent de la ville sont mieux habillés et bien présentables par rapport à ceux qui sont au village ".Quelles que soient les causes de cette désertion, les encadreurs et autres formateurs qui veillent au développement de la filière ananas, cherchent comment limiter le recours à la main-d'œuvre. Ils proposent ainsi d'utiliser les herbicides plutôt que de faire désherber manuellement les plantations. Une solution partielle et spécifique à cette filière. Pour tous les secteurs de l'agriculture, certains préconisent le recours à des machines agricoles. " On ne peut pas tout mécaniser, objecte James Tankpinou de Fruitex Industries. Nous aurons toujours besoin des hommes, par exemple, pour planter, pour la récolte et pour diverses tâches. "Les exploitants agricoles du Sud-Bénin ne sont pas au bout de leurs peines. ![]() version imprimable |
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