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Bénin (Syfia Bénin) Dans les collèges et lycées du Bénin, on assiste à une recrudescence de la violence des élèves envers leurs professeurs. L'autorité des enseignants, déconsidérés et peu formés à la pédagogie, s'est considérablement affaiblie.
Un conseil de discipline a proposé, le 24 avril dernier, l'exclusion définitive d'un élève de 20 ans, en classe de première au lycée technique Coulibaly de Cotonou. " Je dispensais le cours lorsqu'il était entré en classe et s'est dirigé vers moi déclarant qu'il voudrait me dire quelque chose. Le temps de lui demander ce qu'il voulait il m'a envoyé un coup de poing à la lèvre inférieure. Avant que je puisse réagir, les autres élèves se sont rués vers moi pour m'empêcher de le corriger ", témoigne l'enseignant agressé. Onze jours plus tôt, le professeur avait giflé l'élève pour refus d'obtempérer. Selon Ayouba Amadou, le proviseur de l'établissement qui n'a pas voulu en dire plus, " le lycée est connu de tout le monde comme un foyer incandescent ". Cet incident n'est que le plus récent parmi tous ceux enregistrés depuis le début de cette année. Moins d'une semaine avant, un lycéen dit " malade mental " n'a pas hésité à frapper un surveillant qui l'aurait traité d'" impoli ". Au collège d'enseignement général Dantokpa à Cotonou, " un professeur qui voulait donner des coups à un élève lui a demandé de prendre un bâton. Mais c'est l'élève qui, en le lui remettant, a asséné un coup de bâton à l'enseignant. ", raconte Emmanuel Dimon, le directeur. Propos déplacés ou insolents, gifles, bastonnades et autres agressions physiques : les actes de violence se multiplient ces dernières années dans les collèges et lycées des villes du Bénin, un phénomène très rare en milieu rural. Parents complices " L'indiscipline est inhérente au système éducatif. Mais aujourd'hui, avec tous les mauvais gestes que les enfants observent dans les différents feuilletons et films à la télévision et au cinéma, les élèves ne respectent plus. Ils n'aiment pas que les enseignants les rappellent à l'ordre parce qu'ils se disent qu'ils n'ont de leçon à recevoir de personne ", commente Ambroise Bonou, un surveillant du collège privé de la Concorde, à Cotonou. L'éducation à la maison est également en cause. " Aujourd'hui, beaucoup d'enfants évoluent sous un régime monoparental. Ils manquent très souvent d'éducation puisqu'il y a du laisser-aller ", estime, désabusée, Joséphine Paraïso, professeur d'anglais au lycée technique Coulibaly. " Un élève qui vient à l'école avec la voiture de ses parents et fait le tour des bistrots de Cotonou accompagné de ses camarades de classe ne peut jamais respecter ", appuie Ambroise Bonou.Le comportement des élèves est parfois favorisé par l'attitude des familles. Lorsque leurs enfants sont renvoyés pour indiscipline, certains parents, invités au collège, ne se donnent même pas la peine de se déplacer. D'autres y vont pour prendre fait et cause pour leurs enfants ou les changent d'établissement. Par crainte de " perdre " des élèves, certains responsables de collèges s'inclinent devant les actes irrévérencieux ou violents. " Il est implicitement demandé à l'enseignant de s'adapter au comportement des élèves. Le professeur n'est pas considéré comme un éducateur mais seulement comme un enseignant ", note Christophe Wilfrido Ayibatin, professeur certifié d'espagnol à Cotonou. Respect et pédagogie Parallèlement, l'autorité des enseignants s'est affaiblie ces dernières années. Emmanuel Dimon, proche de la retraite, se rappelle ses débuts de carrière : " Dans les années 70 et 80, le maître ou le professeur était une autorité morale très crainte, un modèle, mais aujourd'hui tout a changé ". Leur image s'est considérablement détériorée. La plupart sont mal payés. Dans le secteur public, le salaire moyen d'un professeur de collège ou de lycée se situe autour de 125 000 F cfa (190 euros) alors qu'il varie de 70 000 à 130 000 F cfa (107 à 198 euros) dans le privé. Ces niveaux de rémunération, nettement en deçà du coût de la vie, ne permettent pas aux enseignants d'avoir une apparence qui inspire le respect aux jeunes. Les professeurs ont également une part de responsabilité dans la situation actuelle, soutiennent les élèves. " Quand le professeur a des écarts de langage vis-à-vis des élèves, on ne peut pas le considérer ", estime une élève de classe terminale. " Les professeurs aussi exagèrent. Ils nous maltraitent. On ne dirait pas qu'ils sont des éducateurs ", se plaint une autre. " La plupart d'entre-nous ignorent la pédagogie ", confesse Salomon Amiwhèdé, enseignant à Cotonou. L'Ecole normale supérieure, qui formait les professeurs des collèges, est fermée depuis une dizaine d'années. Sous la pression des bailleurs de fonds. ![]() version imprimable |