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par Charlotte Lazard
Afrique (Syfia-France) Le jojoba n'a pas tenu ses promesses. La plante miracle qui devait stopper l'avancée du désert et produire de l'or liquide déclare forfait dans la plupart des pays d'Afrique. Aux arguments climatiques avancés par les chercheurs pour expliquer son échec au Sahel, les pépiniéristes et les responsables des industries oléagineuses opposent une victoire en Côte d'Ivoire. La recherche privée est-elle plus forte que la recherche publique ou bien le jojoba est-il l'objet d'opérations commerciales risquées ?
"On ne fait pas pousser du jojoba comme on fait pousser des radis" se plaît à répéter Jean-Pierre Mercier, pépiniériste dans l'Ouest de la France, qui cultive avec amour des centaines de plants de jojoba destinés, notamment à l'Afrique."Tout le monde a crié au miracle lorsque cette plante a été connue du grand public. C'est un miracle, effectivement, que de voir un végétal produire une huile de si haute qualité et posséder de telles capacités à fixer le sol. Mais c'est une plante qui demande beaucoup de soins, qu'il faut irriguer, sélectionner, protéger contre les maladies, les ravageurs, les prédateurs, bref à laquelle il faut porter une très grande attention pendant plusieurs années."Les plantes ont, elles aussi, les défauts de leurs qualités. Les inconditionnels du jojoba des années 70, ceux qui pensaient avoir trouvé dans cette plante un rempart contre la désertification, une usine de production d'or liquide, une solution au problème de la disparition des baleines, ceux-ci auraient-ils tout simplement oublié que ce merveilleux outil végétal avait les plus grandes difficultés à pousser en Afrique sub-saharienne ? Un miroir aux alouettes Beaucoup se sont laissés prendre à ce miroir aux alouettes. Surtout les populations sahéliennes envers qui la nature n'est pas particulièrement clémente, n n'est pas fréquent que l'on mette à leur disposition un végétal, petit arbuste au port buissonnant de 2 ou 3 m de hauteur, qui pousse dans le sable, qui se suffit de 400 mm d'eau par an, qui peut résister à une année entière de sécheresse, qui fixe le sol sur lequel il pousse et qui, en outre, produit une dre liquide aux qualités égales à l'huile de blanc de baleine.Aujourd'hui, dans la plupart des pays, l'heure est à la désillusion. "Depuis dix années que nous effectuons des essais de plantation de jojoba dans notre pays, nous n'avons obtenu aucun résultat satisfaisant" avoue, découragé. Pape Sali, Directeur à l'ISRA (Institut Sénégalais de la Recherche Agricole) au Sénégal. "Cette année, nous cessons toute expérimentation sur cette plante. Malgré l'apparition régulière de bourgeons floraux, nous n'avons jamais pu récolter de graines. Leur évolution est bloquée, ils se dessèchent, tombent et les rares fleurs qui ont pu apparaître, avortent".Au Niger, les responsables d'un projet expérimental de jojoba commencé depuis trois ans sur 6 000 m2 ne sont pas aussi pessimistes. Ils n'en écrivent pas moins le mot prudence à chaque ligne de leurs rapports. Le jojoba ne semble pas prospérer dans ce pays dans les conditions écologiques offertes, il s'en faut de beaucoup. Quant au Soudan, même si les causes n'en sont pas d'origine exclusivement agricoles, tous les essais de culture de jojoba sont aujourd'hui suspendus. Des constats d'échec Ces constats d'échec ne surprennent pas Michel Malagnoux du CIRAD-CTFT (Centre Technique Forestier Tropical). Aux soins particuliers que demande la culture du jojoba évoqués par les pépiniéristes, il ajoute des difficultés d'ordre climatique : "Provenant des déserts américains d'Arizona et de Californie, c'est une plante de climat de type méditerranéen. C'est-à-dire que les pluies doivent tomber en hiver, au moment où les températures sont les plus basses, et non en saison chaude comme c'est le cas en Afrique sahélienne. Certes, les quantités de pluie sont les mêmes dans les deux zones mais le fait qu'elles ne tombent pas au même moment perturbent fortement la croissance du jojoba". C'est bien ce que confirme officiellement J. Ferrière, ingénieur au CIRAD-IRHO (Institut de Recherches sur les Huiles et les Oléagineux) dont h conclusion d'un rapport publié en septembre 1988 ne laisse aucun espoir : "Les climats tropicaux secs ne semblent pas propices au jojoba." Outre la répartition des pluies inadéquates, il insiste sur "les températures hivernales trop élevées pour pouvoir satisfaire en froid les besoins des bourgeons floraux". Se serait-on moqué de l'Afrique ? Aurait-on lancé cette plante "miracle" comme on lance une lessive, avant même de posséder lesconnaissances agronomiques élémentaires ? "C'est extrêmement grave", poursuit Michel Malagnoux. "Les agriculteurs des pays en développement n'ont pas les moyens de faire les frais des tâtonnements de la recherche végétale. Lorsqu'ils mettent en culture une nouvelle variété, qu'ils y investissent de l'argent, du temps, de la terre, des efforts et qu'aucune production ne ressort de cet investissement, c'est un milieu désormais fermé à toute innovation. En situation de survie, on n'a pas le droit de se tromper".Curieusement, ce ne sont pas les premiers défenseurs du jojoba qui le soutiennent aujourd'hui. Ceux qui prétendaient en faire une culture villageoise intégrée, essaimant les parcelles de culture, fixant les sols, rapportant des revenus, ceux-ci prudemment se taisent devant trop d'échecs. "C'est bien dommage" soupire Georges Martin, expert de la coopération technique internationale et farouche défenseur du jojoba comme culture alternative. "Le Sahel possédait par cette plante un matériel exceptionnel. Il aurait fallu faire la synthèse des résultats obtenus isolément par les initiatives locales ou privées, lever des fonds pour entreprendre une recherche fondamentale, établir un programme d'étude qui aurait pu être simple et peu coûteux". Le secteur privé prend le relais Ce programme et ces études, ce n'est pas la recherche publique qui l'a faite. Celle-ci estime qu'elle doit se pencher de façon prioritaire sur les problèmes de survie (autosuffisance alimentaire) et de développement de ces pays. Ce sont les pépiniéristes et les responsables de l'industrie oléagineuse qui ont repris le flambeau. Et, étrangement, ce n'est pas dans les pays du Mahgreb, où la culture du jojoba ne poserait pas de problème qu'ils s'implantent, c'est en Côte d'Ivoire . En Côte d'Ivoire, là où les températures descendent encore moins bas qu'au Sénégal, au Niger ou au Soudan, là où les pluies tombent à la saison chaude, là où les conditions climatiques sont encore moins méditerranéennes qu'ailleurs. Et là, le jojoba pousse, paraît-il. Depuis quatre ans, la société d'encadrement agricole Palmindustrie, spécialisée dans le traitement de l'huile de palme, est officiellement chargée par le Ministère de l'Agriculture de superviser neuf hectares de parcelles d'expérimentation de jojoba dans le nord du pays. Les résultats en seraient tellement bons qu'il est question d'étendre les superficies des cultures jusqu'à 50 ha l'an prochain.Les entrepreneurs commerciaux sauraient-ils résoudre les problèmes agronomiques et climatiques des plantes mieux que les agronomes dont c'est le métier ? "Nous n'avons à l'heure actuelle aucune preuve, aucune photo, aucun chiffre, prouvant que le jojoba pousse en Afrique sub-saharienne" rétorque M. Berchoux en poste au CIRAD-IRHO en Côte d'Ivoire.Quelques chercheurs vont encore plus loin dans leur mise en doute de ces résultats encourageants obtenus par Palmindustrie. Ils craignent que dans certains pays, les conclusions positives émises à la suite d'essais de culture de jojoba aient été volontairement "optimisées" par les industries de transformation de l'huile, à la recherche de nouvelles sources d'approvisionnement.Des conclusions "anticipées" : Voyant le peu d'espoir que laissaient les premières parcelles d'expérimentation villageoises de jojoba,et par là-même s'évanouir de belles promesses, ils auraient anticipé certaines conclusions. Est-ce le cas au Sénégal où Jean-Louis Verdeil, alors en poste en 1986 au CNRF (Centre National des RecherchesForestières) au Sénégal avait écrit : "Malgré les différences écologiques avec son aire d'origine, le jojoba est capable d'accomplir la totalité de son cycle végétatif dans la zone soudano-sahélienne. Désormais,l'acclimatation du jojoba au Sénégal ne doit plus être considérée comme un mythe, mais comme une réalité aux perspectives attrayantes." Perspectives attrayantes pour qui, pour les usines de trituration de graines d'arachide dangereusement sous-employées suite à la crise connue par cette culture ?Après avoir manqué à sa parole auprès des agriculteurs africains, le jojoba saura-t-il tenir ses promesses auprès des pépiniéristes et des industriels de l'huile ? Ils y croient et savent investir dans larecherche. Le pépiniériste Mercier a mis au point un procédé de multiplication in vitro des bons plants femelles très producteurs. Il travaille aussi à assurer dans de bonne conditions le transport et la mise en place sur le terrain de ces plants. La recherche privée a su devancer la recherche publique. Encore faut-il que les intérêts commerciaux ne prévalent pas la véracité des faits et le bon sens agronomique... ![]() version imprimable |