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par Ibrahim Zongo
Burkina Faso (SYFIA-Burkina) L'ambitieux programme d'exportation de beurre de karité du Burkina suscite l'intérêt des femmes des villes au détriment des paysannes qui fabriquent traditionnellement ce produit.
Au Burkina, la transformation des amandes de karité en beurre a de tout temps été l'apanage des femmes rurales. Dans le Plateau mossi par exemple, la technique de fabrication se transmet de mère en fille depuis plusieurs générations. Félicité Yaméogo, 36 ans, doit sa fortune à cet héritage qu'elle a su faire fructifier. A la tête d'un atelier artisanal, cette femme également connue sous le nom de "Madame Karité" est intarissable sur les avantages de ce produit. "Le beurre, même artisanalement extrait, est recherché à l'intérieur comme à l'extérieur du pays". A côté des vendeuses de beignets, "Mme Karité" compte dans sa clientèle une savonnerie industrielle, la CITEC Huilerie, et PHYCOS, une unité de fabrication de produits cosmétiques. A 500 000 F cfa la tonne de beurre de karité, on comprend qu'elle ne regrette pas d'avoir choisi ce créneau. Le karité est un arbre de savane qui pousse à l'état sauvage, et dont la noix contient une matière grasse utilisée par les industries pharmaceutique, cosmétique et agro-alimentaire. La transformation des amandes en beurre est une activité qui nécessite une main-d'oeuvre abondante. Elle va du ramassage des noix à la conservation contre l'humidité avant l'étape de la préparation. Pour cela "Mme Karité" a suscité la création de groupements féminins de productrices de karité fédérées par "Kiswendsida" qui veut dire "faire confiance à Dieu" en langue mooré. Les membres collectent et stockent les amandes pour la fabrication du beurre qui est vendu dans le pays ou exporté. Les groupements sont implantés dans 15 des 30 provinces du Burkina.Dès le mois de juillet, les femmes prennent d'assaut la brousse pour ramasser les noix qui sont ensuite bouillies, séchées puis concassées. "Cette année "Kiswendsida" prévoit de collecter 500 t de noix par mois et cela jusqu'en septembre", révèle "Mme Karité". De quoi extraire 50 t de beurre vendues sur place ou exportées au Japon, en Allemagne, en France où "Kiswendsida" compte de nombreux clients avec lesquels des contrats fermes d'achat ont déjà été signés. Reste toutefois à relever le défi de la qualité qui ici rime avec formation technique. Car Félicité Yaméogo est formelle : "N'est pas productrice de beurre de karité qui veut". Un stage de maîtrise des techniques de fabrication du beurre à l'intention des membres des groupements de base a été récemment organisé avec le concours financier d'une ONG américaine. Obéir aux normes La formation s'est imposée car l'exportation a ses raisons que la tradition ignore. En effet, malgré le savoir-faire des femmes, les produits burkinabè ont une image passablement ternie par leur taux élevé en acide. Le beurre idéal c'est celui qui contient peu d'acide et beaucoup de matière grasse. Ces temps-ci, tout réussit au beurre de karité. Il pourrait remplacer en partie le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat dans l'Union européenne. Grâce à cette forte demande sur le marché international et suite à la dévaluation du F cfa, le karité vaut de l'or.Selon Sébastien Ouédraogo, responsable du projet "karité" à la présidence du Faso, "le gouvernement a compris que c'est un produit qui peut rapporter des devises au Burkina". D'où la mise en place d'un projet d'envergure nationale, conçu à partir de l'expérience de "Mme Karité". "Actuellement, nous encourageons toutes les initiatives susceptibles de promouvoir la commercialisation du karité : exporter non seulement les amandes mais aussi le beurre que les femmes produiront", précise M. Ouédraogo. Très rapidement, la production devrait donc connaître une très forte croissance ce qui fait craindre des difficultés d'écoulement. Mais les autorités se veulent rassurantes. Elles disent avoir pris des mesures avec certains des partenaires au développement notamment la Suisse, le Danemark, la France, et d'autres pays de la Communauté européenne pour l'écoulement de la production.Pour de nombreuses femmes cependant, ces mesures ne sont pas des garanties suffisantes face aux fluctuations du marché international. Elles gardent en mémoire le geste désespéré de la Caisse de stabilisation des prix des produits agricoles qui, en 1986, avait brûlé plus de 23 000 t d'amandes de karité, faute de clients. "Cette fois-ci, nous avons pris des précautions. Nous faisons faire des analyses sur les hauts et les bas du marché mondial du karité", rassure Sébastien Ouédraogo.L'initiative gouvernementale a suscité d'étranges appétits : des politiciennes qui ignoraient tout du karité ont constitué des groupements de productrices de beurre de karité à... Ouagadougou. Ainsi, l'Union des producteurs de beurre de karité et produits assimilés a vu le jour avec à sa tête des femmes politisées. Cette union s'est empressée d'implanter des représentations dans les provinces pour bénéficier des financements du projet, principalement destinés à l'équipement, en particulier l'achat de presses. Et ce au détriment des paysannes, traditionnelles pourvoyeuses du marché. Une dérive qui fait craindre que ce pactole de 7,5 milliards F cfa n'écrase les petites initiatives privées. ![]() version imprimable |