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par Marie Agnès Leplaideur, Abdoul Salam Diagana, Viviane Ratsimbarison
Madagascar, Mauritanie (SYFIA) Madagascar et la Mauritanie se lancent, à leur tour, dans de grandes campagnes vantant les mérites des foyers améliorés. Déjà diffusés dans plusieurs pays, ces foyers qui économisent le bois font partie des actions de lutte contre la désertification. Même s'ils ne sont pas la panacée, ils représentent un premier pas vers une prise de conscience : l'économie de combustible et la protection de l'environnement sont aujourd'hui une nécessité.
"La consommation du bois et du charbon de bois est une atteinte contre la faune et la flore" lit-on en ce début d'années dans les principales avenues de Nouakchott, la capitale mauritanienne. Cette campagne qui vise à diminuer la consommation de bois et de charbon de bois est largement relayée par les médias. Pour la seule année 1989 : vingt émissions de radio et onze émissions télévisées en français mais aussi en arabe, poular, soninké et wolof ont vanté les mérites de l'utilisation des foyers améliorés. A Madagascar, où se termine aussi la première phase d'un projet de diffusion de ces foyers, la campagne a été intense dans les villes, principales cibles de ces actions médiatiques.Ici, comme au Sénégal, au Cameroun ou encore au Burkina Faso où de tels projets ont été lancés depuis plusieurs années, l'accent est mis principalement sur la lutte contre la désertification. Dans tous ces pays, bois ou charbon de bois restent la principale source d'énergie. En Mauritanie, pays sahélien et en partie désertique, le bois est rare mais il couvre toujours 90% des besoins domestiques. A Madagascar, où les forêts sont pourtant plus abondantes, la situation devient également alarmante. Chaque année, près de 300 000 ha de forêts y sont détruits en grande partie pour fournir du combustible aux habitants. Ainsi, Antananarivo consomme 95 000 t de charbon de bois par an. En cinq ans, le prix du sac de charbon a été multiplié par cinq. Plus de chaleur et moins de bois Partout, la réduction de la consommation est devenue une nécessité. Or, toutes les études ont montré que les foyers dits "améliorés" permettaient, à condition d'être bien utilisés, d'économiser 25 à 30% d'énergie. Bien étudiés, ils limitent les déperditions de chaleur et donc la consommation de bois ou de charbon. De nombreux modèles ont été diffusés, métalliques dans les zones urbaines où les tôles sont faciles à trouver, ils sont en terre dans les campagnes. Certains, comme les foyers actuellement construits et vendus à Madagascar, allient la robustesse du métal aux performances de la terre cuite qui conserve mieux la chaleur. Chaque pays a mis au point ses propres foyers adaptés aux habitudes culinaires locales. Baptisés "Zico", "Révolutionnaire" ou "Tretika" (le plus apprécié) à Madagascar, ils s'appellent "multi-sept" ou "multi-quatre" en Mauritanie. Simples à construire, ils sont fabriqués par des artisans locaux comme ceux formés par le Centre d'Etudes National de l'Artisanat Malgache. Des tôles de vieux fûts ou de carcasses de voiture trouvent ainsi un emploi fort utile. Changer les habitudes Le plus dur reste alors à faire : convaincre les femmes de l'intérêt de ce foyer qui coûte bien sûr plus cher que l'habituel foyer composé de trois pierres. Il faut aussi leur démontrer qu'il est plus efficace que le "fourneau malgache", ce petit foyer métallique devenu traditionnel dans de nombreuses villes africaines.Pour elles, limiter la coupe du bois dans leur pays n'est pas un raison suffisamment convaincante pour changer d'habitude. L'argument économique a plus de poids, particulièrement dans les villes où les femmes doivent chaque jour acheter le bois ou le charbon pour cuire les repas.Démonstrations pratiques à l'appui, les responsables de ces projets expliquent aux femmes les économies qu'elles vont réaliser en utilisant un foyer amélioré. Ainsi en Mauritanie, des séances publiques sont organisées. Trois femmes reçoivent 2 kg de charbon de bois pour faire cuire la même quantité de nourriture. Deux d'entre elles disposent de foyers améliorés de modèles différents, la troisième d'un foyer malgache. A l'issue de l'expérience, cette dernière a épuisé son charbon tandis qu'il en reste encore un kilo aux deux autres.Convaincues de l'efficacité des foyers présentés, beaucoup de femmes n'hésitent plus alors à s'équiper. A Nouakchott depuis deux ans, 15 000 familles ont adopté ces foyers. Ils ont aussi connu un vif succès à Madagascar où des artisans se sont mis spontanément à en fabriquer, sans toujours d'ailleurs suivre les normes requises pour obtenir de véritables économies d'énergie !Cependant, dans les pays, comme le Sénégal ou le Cameroun, où les foyers améliorés ont été diffusés depuis plusieurs années, on a pu constater qu'une fois achetés, ces fourneaux n'étaient pas toujours utilisés. Ainsi, constate Marie-Jo Demante de l'Association Bois de Feu "les femmes reprennent souvent leurs anciennes habitudes. Certaines ne se servent qu'occasionnellement de leur foyer, d'autres le considèrent simplement comme un objet de prestige qu'il est bien de posséder". Même quand les femmes s'en servent régulièrement, elles ne réalisent pas toujours d'économies d'énergie : le bois n'est pas coupé à la bonne dimension, la marmite est mal adaptée ou encore elles le laissent brûler sans rien faire cuire.Dans les zones rurales, ces innovations ont encore bien du mal à passer. Le bois y est encore gratuit même s'il faut aller le chercher de plus en plus loin. Les femmes ne voient pas encore l'intérêt de l'économiser. Une première étape avant le gaz Après huit ans d'expériences dans différents pays, il semble utile aux promoteurs de ces projets d'évaluer leur impact réel. Ces études sont en cours mais quelques conclusions peuvent déjà être tirées des premiers projets. L'effet sur la consommation globale de bois d'un pays reste, pour l'instant, marginal car toutes les cuisines sont loin d'être équipées. C'est au niveau de chaque famille que les changements sont les plus perceptibles : économie de combustible, de temps et de fatigue pour les femmes. D'autres femmes, sans augmenter la quantité de bois ou de charbon achetée, ont amélioré la qualité de l'alimentation familiale, n'hésitant plus à faire plus souvent des boissons chaudes ou des plats demandant un long mijotage.Pourtant, actuellement, plusieurs pays vont lancer de nouveaux projets. Au Tchad et en Guinée-Bissau, des actions vont prochainement démarrer. Après la réussite des premiers programmes qui s'achèvent actuellement, la Mauritanie et Madagascar s'apprêtent à entamer une seconde phase pour élargir la diffusion de ces foyers. Enfin, même des pays forestiers comme la Centrafrique et le Congo sont aujourd'hui demandeurs de foyers améliorés dans les villes où l'approvisionnement en combustible devient de plus en plus difficile. Pour la plupart de ces pays, les foyers améliorés, qui n'entraînent pas un changement brutal des habitudes culinaires, constituent une première étape. Ils font prendre conscience aux populations de la nécessité de ménager les ressources en bois et vont souvent de paire avec des actions de sensibilisation sur la protection de l'environnement et le reboisement.Le remplacement du bois par le gaz est l'objectif à long terme. Les citadins les plus favorisés commencent à atteindre cette seconde étape, pour les autres le foyer amélioré reste aujourd'hui la solution la mieux adaptée. ![]() version imprimable |