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01-03-1990                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Omar Maïga

Mali
Protéger l'environnement :quand les villageois fixent les règles

(SYFIA) Face aux menaces de désertification, les ruraux, dont on dénonce souvent la passivité, se sont réveillées. Au Mali, ils ont mis en oeuvre des techniques simples pour restaurer l'environnement et préserver l'avenir.

Tunde Sense, bourg situé à une trentaine de kilomètres de Mopti, compte 600 habitants, de l'ethnie des pêcheurs Bozos. Ceux-ci avaient toujours pratiqué la pêche dont ils tiraient l'essentiel de leurs revenus. Cette manne, que certains pensaient éternelle, a commencé à se tarir sous les effets conjugués de la sécheresse, de la faiblesse des crues et, surtout, de la très forte pression exercée par les exploitants sur les mares et les cours d'eau. Le poisson se faisant plus rare, les habitants n'avaient plus les moyens de subvenir à leurs besoins. Beaucoup ont été contraints d'émigrer vers des régions plus clémentes. Le déclin du village paraissait inexorable.Face à cette menace, le conseil villageois décida de réagir. Avec le concours de l'Opération pêche, lancée pour aider les populations de pêcheurs, ils ont procédé, à partir de 1987, au désensablement du canal. Surcreusé sur un kilomètre, ce canal de cinquante mètres de large, qui relie les mares du village au fleuve Niger, a permis de maîtriser la pisciculture et la riziculture. Dès 1988, la production de riz a permis, pour la première fois, de couvrir 80% des besoins du village et les revenus de la pêche ont été appréciables. Le chef de village, Amadou Pamenta reprend confiance dans l'avenir: "Depuis une dizaine d'années, nous vivons dans un dénuement presque total. Avec le surcreusement du canal, l'espoir revient. Certes, nous n'avons pas encore le niveau de vie d'avant la sécheresse mais, au moins, nous ne sommes plus autant dépendants des autres". Mustaph Naianta, un villageois, précise : "l'aménagement d'un magasin de stockage et d'un centre de soins, la culture du bourgou (une graminée fourragère) pour nourrir le bétail et les actions de reboisement témoignent de notre volonté de gagner. Nous avons compris qu'en nous organisant, nous pouvions remporter certaines victoires".Affirmation confirmée par les femmes, qui se sont spécialisées dans la confection de briques de terre cuite, vendues au marché de Mopti, et dans l'élevage de poulets.

Des mesures strictes respectées par tous

D'autres expériences hardies ont été lancées par des communautés d'éleveurs, longtemps tenues pour responsables de la dégradation de leur environnement. Après une campagne de sensibilisation, les habitants de Karwassa ont pris des mesures strictes. Ils sont convenus, à l'unanimité, d'interdire l'ébranchage des arbres et les feux de brousse. Pour faire respecter ces interdictions, obligation est faite à chaque éleveur de dénoncer les délinquants. Chaque infraction est punie d'une amende de 500 F CFA et tout berger pris en faute se voit confisquer sa hache. De l'avis général, cette réglementation a un impact visible sur les arbres. "Evidemment - remarque Moussa Diallo, membre du comité de surveillance - ces mesures, inconcevables il y a dix ans, ont été acceptées parce que c'était une question de survie. Depuis deux ans, chacun reconnaît les progrès obtenus, mais nous devons persévérer sinon nous risquons de manquer d'aliments pour le bétail".A Gratchi Loumo où l'amenuisement du potentiel fourrager avait atteint des proportions inquiétantes, un système de contrôle rigoureux a été imaginé par les éleveurs d'un dizaine de campements. Cette réglementation draconienne doit même être observée par les éleveurs transhumants. A chaque infraction (élagage, mise à feu), la communauté peut confisquer son plus bel animal au contrevenant.Des volontaires bénévoles veillent au respect de ces règles. Ces mesures répressives ont eu un effet dissuasif réel car selon Sékou Diallo "auparavant il était impossible de trouver du bois de chauffe à moins de cinq kilomètres des villages. Maintenant, les branches repoussent normalement et la corvée de bois est moins pénible pour les femmes". Si les pratiques de gestion de l'environnement se sont intensifiées ces dernières années, les communautés rurales maliennes agricoles ou pastorales, sédentaires ou nomades ont toujours été dotées de règles strictes en matière d'exploitation forestière, de défrichement ou de pâturage. Ainsi la "Dina" est un code vieux de plus d'un siècle qui régit l'entrée et la sortie des animaux des bourgoutières, ces pâturages fertiles qu'on s'efforce de régénérer aujourd'hui. Les forêts villageoises et les bois sacrés ont, de tout temps, été protégés par des codes précis, de même que la pêche rituelle dans les mares sacrées.Les années de sécheresse, qui ont raréfié les ressources en bois et en fourrage, avaient fait tomber en désuétude ces pratiques ancestrales dont on redécouvre le rôle économique et social mais aussi religieux. Modernisées, elles retrouvent vigueur aujourd'hui et s'apparentent désormais à de véritables plans d'aménagement des terroirs.


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