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par Kamanga Mutond
RD Congo (Syfia RdCongo) Quatre bennes à ordures pour huit millions d'habitants, des rues jonchées de sacs plastique, des agents d'hygiène désœuvrés : la belle époque de Kinshasa est révolue. Les Congolais ne savent même plus ce qu'est la propreté et les maladies se multiplient.
Chantée dans les années 50 par le griot brazzavillois Antoine Moundanda comme "Poto Moyindo" (l'Europe noire), la capitale de la RDC, a tout perdu de sa superbe. Ses habitants ont troqué son surnom de "Kinshasa la belle" contre celui de "Kinshasa la poubelle". L'insalubrité "a gagné tous les quartiers de la plus grande ville d'Afrique noire dont la coquetterie n'est plus qu'un mythe", regrette Lekesa Kota, inspecteur sanitaire de la ville. Les caniveaux ne sont plus nettoyés depuis une trentaine d'années, constate l'ingénieur Kandolo Katshika, conducteur des travaux à la Division Urbaine des Travaux Publics, "exceptés quelques curages sporadiques réalisés en 1997", au cours d'une campagne d'assainissement. Les ordures ménagères sont jetées à même la rue. "Les Kinois et les touristes ne peuvent pas faire un pas sans rencontrer un sachet en plastique", constate Lambert Luhondo, agent chargé de l'hygiène de la ville. Jetés ici ou là, sur le trottoir et les avenues dont le goudron s'écaille, les sachets s'incrustent dans la chaussée. Des odeurs nauséabondes se dégagent des fosses d'aisances parfois installées dans les coins des parcelles, en bordure de rue. Manque de matériel, agents d'hygiène fantômes. En 41 ans d'indépendance, la population de Kinshasa, la capitale de l'ex Congo belge, est passée de 1,5 million à près de 8 millions aujourd'hui. La politique d'urbanisation n'a pas suivi cette forte croissance démographique. Pour une ville dont la superficie (10 000 km2) égale celle de la Belgique, l'équipement destiné à l'entretien se résume à quatre camions bennes, deux pelles chargeuses et deux motos pompe que se partagent 800 cantonniers. La majorité de la centaine de journaliers, en salopette jaune, qui balayaient jadis le boulevard du 30 juin, dans le centre ville, a été remerciée ou a démissionné. Beaucoup d'entre eux s'étaient en effet convertis en mendiants demandant l'aumône aux automobilistes. "Le service d'hygiène public n'existe plus que de nom. Les agents n'ont ni véhicules, ni vélos, ni motos comme c'était le cas auparavant. Leurs bureaux se trouvent dans la rue", déplore l'inspecteur Lekesa Kota. Leur seule activité est de "passer, quand ça leur chante, chez des particuliers pour essayer de leur soutirer quelques sous par le biais d'une amende pour contravention à la salubrité publique", confie-t-il. Pour lui, pas de doute, "le grand coupable dans cette situation ne peut-être que l'Etat" qui, de manière générale, n'assume pas ses responsabilités. « L'homme noir ne meurt pas de la saleté ». A la direction urbaine des travaux publics, les projets moisissent dans les tiroirs. "Il faudrait au moins 3 millions de dollars américains pour acheter le matériel nécessaire", soutient l'ingénieur Kandolo qui gère un parc automobile dont "les véhicules sont au point mort" depuis une dizaine d'années. Passant le plus clair de leur temps à jouer aux cartes, les agents attendent "que les promesses d'achat de 15 camions bennes, de caterpillars, de 600 brouettes se concrétisent" pour aller à l'assaut de l'insalubrité. Une situation qui s'aggrave sans cesse puisque chaque jour les vendeuses de beignets, de pains, de cacahuètes et de chikuange (Ndlr : pains de manioc) laissent leurs résidus sur place. Y compris à Limete, devant le siège de la Division Urbaine des Travaux Publics… Dans cette ville qui n'est plus entretenue depuis longtemps, une phrase revient souvent dans les conversations : "Moto moyindo akufaka na salité te", ce qui signifie : "L'homme noir ne meurt pas de la saleté". Pourtant, "80 % des maladies dépistées dans la ville sont d'origine microbienne", souligne Joseph Ndombe, assistant médical à l'Hôpital général de Kinshasa. Selon lui, la malaria, la fièvre typhoïde, la diarrhée ont pour cause principale "la cohabitation devenue naturelle entre l'homme et les immondices" dans toute la ville. Si naturelle que les Congolais qui n'ont rien connu d'autre, ont développé des réflexes contraires aux normes d'hygiène qui semblent aberrants. Nombreux sont ceux qui hésitent à entrer dans les rares lieux assainis. C'est le cas de la plupart des bistrots et night-club dont le Ma'Elika. Cet ancien sanctuaire de l'orchestre Zaïko Langa-Langa, a été déserté par ses habitués depuis sa réfection et son changement de nom. De même les produits de consommation courante proprement emballés attirent moins les clients que les mangues, poissons, grillades de croupions de dindes vendus sans aucune protection contre la saleté par les petits commerçants ambulants. ![]() version imprimable |