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01-05-2001                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Daniel Loka

Cameroun
Cameroun : manifestations contre les exécutions extrajudiciaires

(Syfia Cameroun) Les exécutions sommaires perpétrées à Douala par les forces de l'ordre ont soulevé une vague de manifestations organisées par les familles des victimes, la société civile et les partis d'opposition. Les premières concessions du gouvernement semblent insuffisantes à ramener le calme.

Le 6 avril dernier, un communiqué du Secrétaire général de la Présidence du Cameroun annonçait l'arrestation de " quelques militaires et leur comparution devant la justice militaire " reconnaissant la "responsabilité de certains officiers dans la disparition de 9 jeunes gens à Douala". Le même jour, un décret présidentiel affecte à Bamenda, à plus de 300 km à l'ouest de la capitale économique camerounaise le Général Mpay, le patron du commandement opérationnel (CO) créé il y a plus d'un an pour lutter contre le grand banditisme à Douala. Dans la foulée, le colonel Bobo Ousmanou, chef d'état major du C.O et certains autres responsables de cette unité sont limogés. Ces mesures sont le résultat des manifestations populaires qui se succèdent chaque semaine depuis début mars suite à la disparition de ces neuf jeunes gens arrêtés à Douala en janvier 2001 et dont la mort est maintenant confirmée. Les parents des disparus n'en continuent pas moins à réclamer leurs enfants. Odette Kouatou, mère de deux des neuf victimes, commente la décision : "Tout notre problème ce sont nos enfants. Si on les a tués qu'on nous donne des corps. Et si on ne peut pas nous donner des cadavres qu'on nous montre au moins où on les a enterrés pour que nous prenions la poussière, pour aller faire les funérailles au village comme l'exigent nos traditions". La société civile et l'opposition, demandent eux la constitution d'une commission d'enquête internationale, et la comparution des coupables devant un tribunal civil. Madeleine Affite, présidente de l'Action Catholique pour l'abolition de la torture (ACAT) dénonce : " Tout ce que nous attendions était que tout le monde, du général Mpay à Abah Ndzengue (nldr :le capitaine qui a arrêté les jeunes), en passant par le colonel Bobo Ousmanou,… soient traduits devant les tribunaux civils compétents, pour que les familles se constituent partie civile. Cela ne doit pas se faire en cachette…".

Le crime des innocents : être pauvres.

Depuis un an, la presse privée, les associations de défense des droits de l'homme, l'archevêque de Douala; le cardinal Tumi; ainsi que les populations n'ont cessé de dénoncer les exécutions sommaires régulièrement perpétrées par le CO. Déjà, le 28 octobre 2000, l'assassinat du jeune Luc-Bénoît Bassilekin au " Kosovo ", quartier général de cette unité, un jour seulement après son interpellation avait soulevé une vague de protestations. A ce jour, l'ACAT avance un bilan de plus de plus de 1000 victimes. Mais le pouvoir et l'armée avaient toujours nié procéder à des exécutions sommaires et parlaient plutôt d'une campagne de dénigrement. Le capitaine Stéphano Nito de la cellule de communication du C.O. affirmait alors que " tous les bandits arrêtés par le C.O. étaient systématiquement mis à la disposition de la justice. Pour lui, les morts retrouvés au petit matin dans les rues de Douala étaient des victimes soit de règlement de compte entre gangs soit de la justice populaire ". L'interpellation suivie de l'exécution sommaire des neufs jeunes tous âgés de 21 à 39 ans est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Ils ont été arrêtés sur simple dénonciation d'une voisine qui les accusait d'avoir volé sa bouteille de gaz. Quelques jours plus tard, l'ACAT révélait que "les 9 jeunes gens avaient été extraits de leur cellule avec 41 autres personnes, puis déshabillés, ligotés, avant d'être transportés à leur lieu d'exécution, où ils ont été froidement exécutés et leur corps incinérés avec de l'acide". Ce qu'a longtemps nié le pouvoir. Le 26 février dernier, le colonel Bobo Ousmanou soutenait encore dans une interview accordée au journal Dikalo que les personnes interpellées étaient des repris de justice : "Ils ont été formellement reconnus par des personnes victimes des braquages. Le commandement opérationnel continue à les interroger". "Le C.O. s'est mis à recruter des bandits comme indics. Ces bandits les ont ensuite trompés en désignant des innocents qu'on venait par la suite rafler par cargaisons" révèle Madeleine Affite. Un ancien militaire dénonce aussi les règlements de compte et l'appétit d'argent des officiers supérieurs. "Il y a beaucoup de règlements de compte dans ces exécutions. La corruption étant monnaie courante, poursuit-il, de nombreux chefs de gangs ont pu sauver leur tête contre de fortes sommes d'argent. Le crime des innocents, comme ces neuf jeunes gens, est d'être pauvres, de n'avoir pas pu trouver de l'argent pour acheter leur libération". Martin Koukou Dikanda, frère aîné de Jean Alain, cet élève de 19 ans assassiné par le C.O, révèle dans une interview accordée à un journal de la place : "Il y avait un élément du C.O surnommé " douleur" qui ne cessait de nous demander de lui verser 300 000 F cfa pour qu'il aille négocier la libération de mon frère. Moi, mon attention était focalisée sur le colonel, j'ignorais que c'est lui qui envoyait certaines personnes nous proposer la libération de notre frère contre argent." Discrédité, le commandement opérationnel a été discrètement démantelé. Mais les confrontations violentes entre les manifestants et la police continuent dans les rues de Douala.


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