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01-04-2001                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Théodore Tsapi, Antoine Lawson

Gabon
Les ordures, une mine pour les Gabonais pauvres

(Syfia Gabon) Le Gabon passe souvent pour l'Eldorado de l'Afrique centrale. Mais l'envers du décor est moins reluisant. Les richesses minières s'épuisent et à Libreville, les pauvres se ravitaillent sur les dépotoirs...

Sur le dépotoir de Mindoubé, dans la périphérie de Libreville, c'est toujours la grande chasse au trésor avant le passage des bulldozers. Rien n'arrête les fouineurs : pas même les flammes qui consument déjà une partie des immondices. Les produits récupérés (denrées alimentaires ou médicaments) sont remis en vente dans les rues et sur les marchés : Le phénomène n'est pas nouveau. Déjà en 1994, cette décharge était présentée comme " un véritable marché où tout le monde vient se servir gratuitement (1). Sept ans après la dévaluation du franc cfa, la situation ne s'est guère améliorée. "Ma famille et moi, vivons de la vente des produits récupérés sur la décharge. Il s'agit généralement de pommes de terre, de plaques de beurre, de viande, de boîtes de conserve, de légumes et fruits pas trop abîmés et autres", avoue Germain Boussougou, pour qui la poubelle n'a plus de secret. "Il nous faut assurer la scolarité des enfants, payer l'eau et l'électricité, dit-il pour se justifier. Etant sans emploi, il fallait bien trouver une activité. Malheureusement, tout le monde s'y met à présent et cela nous contraint à baisser les prix". Des médicaments ramassés à la décharge se retrouvent sur les marchés, exposés et vendus sur des étalages de fortune. Au mois d'août dernier, les autorités sanitaires pour incinérer un lot de boîtes de Dafalgan injectable, jugé défectueux, ont dû opérer sous l'œil vigilant des forces de l'ordre afin de tenir les fouilleurs à l'écart. Les odeurs putrides de la décharge de Mindoubé ne suffisent pas à éloigner les gens. D'ailleurs, peu à peu, de petites maisons se sont construites tout autour. Leurs habitants s'approvisionnent, eux aussi, sur le tas d'ordures. "Nous attendons en vain depuis plus de trois ans les promesses d'aide du gouvernement en faveur des populations défavorisées. Alors, mes compatriotes et moi, avons pris le chemin de la décharge publique parce qu'on n'a rien à manger", témoigne Pascal Ndi, au chômage. Cela dure depuis plusieurs années à en croire une habitante de la zone. "On s'y accommode, devant le laxisme des autorités qui n'ignorent pourtant rien des conditions d'hygiène d'une décharge publique, surtout par ces temps de pluies", dit-elle, désabusée. Certains nourrissent l'espoir, bien faible, de trouver un trésor sous ces immondices. "Un jour, l'un des fouineurs de la décharge de Mindoubé a eu la surprise de ramasser un sachet contenant des billets de banque soigneusement emballés. C'était sa chance", raconte Damien Allogho, responsable de l'incinération des déchets.

Une image trompeuse.

Des Gabonais démunis, obligés de fouiller la poubelle pour survivre, il y a de quoi s'étonner. Car pour beaucoup de gens en Afrique, Gabon rime avec richesse. Au Cameroun, traiter quelqu'un de " Gabonais " signifie qu'il est à l'abri du besoin financier, qu'il ne regarde pas à la dépense. Comment, dès lors, expliquer une telle déchéance économique ? Jusqu'au début des années 1970, l'économie gabonaise reposait sur les activités forestières et minières avant que le pétrole ne prenne le relais. Dépendante quasiment de ce seul produit, elle est devenue sensible à toute fluctuation des cours du baril ou du dollar et surtout à la baisse de production de pétrole brut depuis 1997. De 18 462 000 t en 1997, celle-ci est tombée à moins de 15 millions de tonnes en 2000. Si de nouveaux gisements ne sont pas mis en exploitation, le pétrole gabonais pourrait se tarir d'ici une dizaine d'années. Pour compenser ces pertes, les forêts sont exploitées à tour de bras. La production de manganèse, l'une des principales ressources minières, a régressé de 3,2 %. Pour couronner le tout, la Compagnie des mines d'uranium de Franceville (Comuf) a cessé ses activités avec la fermeture de Minkoulougou, dernier gisement encore en exploitation. Malgré ces ombres au tableau, le Gabon arrivait encore, en 1998, en 63 ème position (sur 174 pays) du classement du Produit intérieur brut par habitant mais en 123 ème position pour l'Indicateur de développement humain, selon le Rapport mondial sur le développement humain de 2000. Autrement dit, c'est le pays au monde où l'écart est le plus grand entre les revenus théoriques de chaque habitant et leur niveau de vie réel. (1) "Consommons poubelle" - Bulletin de Syfia n° 63 (avril 1994)


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